vendredi, 02 mai 2008
Fumer, c'est mâââl...
La semaine dernière, j'ai pas voulu faire 4 heures de train pour une heure de surveillance d'élèves. Je suis restée à la maison et j'ai regardé Derrick. Du coup, cette semaine, je suis punie. Et ma punition consiste à assister 3 FOIS à la même conférence sur la toxicomanie. Lieux communs et clichés en tout genre au programme. Lutte intense contre le sommeil. On se demande qui s'ennuie le plus : moi ou les élèves. Il faut dire que dans mon lycée, mis à part quelques rares gamins qui vont se fumer un petit stick dans le parc, la drogue, ils connaissent pas trop.
Du coup, ils avaient l'air un peu bêtes quand le type qui animait la conférence a lancé, très langage-djeuns-eh-les-gars-on-est-trop-complices :
"Aloooors, hein? Pourquoi on met un toncar au bout du pétard?"
...
"Ben quoi, un toncard, hein? Pourquoi vous mettez un toncar au bout de vot' joint?"
Je me retourne vers les élèves, et traduis :
"Le monsieur voudrait savoir pourquoi, lorsque vous vous roulez un joint, vous y mettez un petit bout de carton roulé en tube."
Ach soooo.
Ben les élèves, ils savent pas. Forcément. Tout comme ils n'ont jamais vu de dealer à l'entrée du lycée, qui glisse, ni vu, ni connu, quelques petites enveloppes blanches dans une main innocente en chuchotant : "Tiens, c'est gratuit. Goûte, tu vas voir, c'est de la bonne. T'oublieras tes mauvaises notes et tes parents qui font chier."
Les gamins qui fument, ici, ce serait plutôt du style : on est en soirée, y'a Dylan qui fait tourner un pet. Tu veux une taffe?
Alors, comme ils ne savaient pas trop de quoi parlait le monsieur, ils ont pas répondu. C'est le monsieur qui a donné sa réponse tout seul.
"Mais vous vivez sur quelle planète, vous??" qu'il a lancé. Parce que la non-réponse des élèves, c'était pas trop prévu dans le shéma, et du coup il a du dévier un peu de son discours.
Breeef, j'ai eu droit DEUX fois au même blabla, aux mêmes blagounettes (le toncar, han han!!). Et cet après-midi, je retrouve avec joie le monsieur, pour une troisième édition qui, j'en suis sûre, ne manquera pas de piquant.
J'apprendrai pour la troisième fois des choses passionnantes comme le fait que "l'héroïne que vous achetez ici est coupée à la caféine".
Ok, mec, j'en parlerai à mon dealer la prochaine fois que j'irai chercher mon képa.
J'apprendrai aussi pour la troisième fois que notre société est au centre d'une infâme machination de l'état, qui consiste à interdire la drogue, tout en en distillant assez pour que la masse se transforme en troupeau de mouton neurasthénique.
Opium for the people, mec.
J'apprendrai également que le Subutex (produit de substitution), ça défonce bien plus que l'héro, et que EN PLUS, c'est remboursé par la sécu. Toujours dans cette optique de machination machiavélique de l'état que ça arrange bien qu'on soit tous défoncés.
Tout cela est très intéressant pour nos élèves.
Comme je m'ennuierai ferme, je m'amuserai encore une fois à déstabiliser le monsieur en posant des questions emmerdantes
. Auxquelles il répondra "Oui" en s'empressant de raccrocher ce "oui" au prochain wagon de son speech appris par coeur.
On aura pas dit aux gamins que fumer des joints, ça peut creuser un terrain psychologique déjà vacillant. Que tirer sur un bédo, ça fait pas forcément du bien. Que desfois, même, ça fait flipper. A mort.
Que certains prendront une drogue "dure" une fois ou deux, vomiront un bon coup et on en parle plus, alors que d'autres vont fumer de la drogue "douce" à raison de 20-30 joints par jour.
Je me réjouis déjà.
A 13 heures...
11:23 Publié dans Anecdotes en direct de la salle de cours | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : drogue, cannabis



