vendredi, 16 novembre 2007
Il est des soirs...
... où la solitude est aussi écrasante que la foule qui vous entoure..
Il est des soirs où la population de la terre entière tient en une seule et unique personne, et que cette personne se trouve de l'autre côté de l'eau...
Certains soirs mon coeur est si rempli qu'il suinte de partout, et d'autres il est vide, bien souvent vidé par des personnes en mal d'ondes positives.
Quel plaisir de croiser ces gens là, plus tard, l'air épanoui...
Il est des soirs où tout est évident, limpide. D'autres soirs, où tout n'est que questionnement.
Parfois, le soir est long. Parfois, le soir est bavard. Parfois, il est magnifiquement charnel.Toujours, il est complice et tendre. Longs, très longs regards télépathiques (ça s'écrit comme ça...?). Tant de conversations transmises par les ondes invisibles reliant les êtres qui s'aiment pour de vrai.
Certains soirs, l'amour a provoqué jalousies et regards noirs. Ces soirs-ci, il transforme le laid en beau et les larmes en sourires. Tout est facile et simple.
Tout est facile.
Tout est.
Tout.
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mardi, 30 octobre 2007
Les amis
"Je sens comme un vent printanier éternel rodant au dessus de chez toi."
Ces mots viennent de mon ami Ghis, et je ne me lasse pas de les lire, les relire, et les lire encore. C'est qu'ils font chaud au coeur, en ces temps ou l'amitié fout le camp.
Parce qu'un si grand amour, on dirait bien que ça se paye. Parce que certains visages se révèlent de manière inattendue, dévoilant des facettes de personnalité qu'on entrevoyait, mais qu'on occultait...en comparaison à d'autres qualités affichées...
C'est les vacances, et demain j'entreprends, enfin, au bout de six ans, les opérations de redécoration de l'appart. Décoller les 2 couches de papier peint, dans l'ordre : frise saumon années 80, fleurs psyché des seventies...avec par-dessus, évidemment, la couche de peinture cheap posée par l'étudiant zelé mais fauché, et trop flemmard pour faire les choses à fond.
Retapisser avec la montagne de rouleaux ramenés par Hercule après une razzia-castorama. Poser les plaques de parquet en lino. Poncer les fenêtres. Amenager un coin pour la montagne de jouets qui commence à s'amonceler dans ma chambre, les vêtements taille gnôme, les chaussons de rechange, la tétine oubliée...et puis surtout, surtout, pousser mes tops american vintage et mes slims pour faire de la place pour SES jeans trop big, ses t-shirts à message et ses adorables boxers.
Ce soir, oui, c'était un vent printanier qui flottait chez moi, quelquefois troublé par une bise automnale de pensées tristes. Triste de ces amitiés mourante, heureuse de l'amour naissant. Mais avant, c'était la tornade, plein de petits gnômes ont virevolté à travers mon appart toute l'après-midi, et depuis, ma pièce à repas est tapissé d'étranges dessins multicolores ou les papillons ont les ailes pleines de coeurs et ou certains bonhommes n'ont pas de corps. Le tourbillon aussi d'amis qui viennent, après la balade du dimanche au marché de Wazemmes, prendre un petit café. La tempête aussi, parce que la vie réserve parfois de mauvaises news, mais finalement, elle ne fut que de courte durée...
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vendredi, 16 février 2007
Le PACTE de JPADPS
Chose promise, chose due. A l'instar de nos politiciens, montrons l'exemple en tenant nos promesses!!!!
Trève de plaisanterie (J'avais un prof de maths qui disait tout le temps ça). Nous abordons aujourd'hui un sujet sérieux : la réforme de l'éducation nationale. Ou plutôt, son actualisation. Car il ne s'agit pas de tout casser pour reconstruire, mais d'adapter le fonctionnement du système éducatif aux exigences de notre époque. Cette actualisation, nous la désirons tous, nous jeunes professeurs. Bien souvent, nous sommes arrivés dans le métier avec des étoiles dans les yeux, l'envie de bien faire, et de changer les choses. Bien souvent, nous nous sommes heurtés à la rigidité d'un système basé sur des textes datant parfois du siècle dernier. Alors, il arrive que la verve débutante se mue en une grogne désabusée, et que la flamme s'éteigne progressivement, pour faire place à la résignation. Alors, le métier est exécuté machinalement, routinièrement. Les profs que je fréquente, et je laisserai ici de côté les considérations d'âge et de génération, se battent au quotidien pour ne jamais se laisser gagner par cette morosité ambiante, et la grognite aigue avec laquelle on caricature si souvent les profs. Car ils existent, bien évidemment, ces profs qui font leur métier avec passion, qui se donnent sans limite, et qui savent que lorsqu'on est fonctionnaire et, à fortiori, enseignant, l'intérêt premier, c'est l'élève, et non pas nous. Ce texte s'adresse bien sûr à vous, mes lecteurs qui êtes profs, mais aussi à ceux qui ne le sont pas. Les premiers, vous savez ce qui ne fonctionne pas, dans notre système. Les seconds, vous avez bien souvent des idées reçues sur ce que nous sommes. Certaines sont justifiées, d'autres complètement fausses. Ce modeste texte est aussi une lettre ouverte à un Monsieur dont je ne révèlerai pas le nom, pour des raisons dictées par le droit de réserve qui m'incombe.
N'oublions jamais qu'au centre de tout, il y a l'être humain. Sans lui, rien est possible. Que Brigitte Bardot me pardonne. A droite et à gauche, ce ne sont que des considérations secondaires. Forcément. Puisqu'elles ne sont pas "au centre". Sans être humain, rien n'existe. Pas de mondialisation, pas de MacDos, pas de tentes 2-secondes, pas de banlieues, ni de loi anti-tabac. Ce qui nous distingue des animaux, c'est notre capacité à développer une réflexion. Or, cette possibilité se doit d'être favorisée, façonnée au mieux. Pour tirer le meilleur d'un être humain, il faut mettre l'accent sur ce développement, et donc sur l'éducation.Les gouvernements passés n'ont visiblement pas saisi l'importance du sujet, et le résultat se fait sentir, de plus en plus visiblement et cruellement. La télé nous abreuve de "banlieue", de "zep", de "violence" sans véritablement savoir ce qui se cache derrière. Le public derrière ne reçoit qu'une avalanche de termes génériques destinés à résumer en trois mots un malaise grandissant qui, s'il n'est pas soigné dans les plus brefs délais, mènera à une catastrophe sociologique très rapidement.
Souvent au centre du débat : l'instruction publique. L'école de l'état. Alors que ces mots devraient inspirer le respect et l'admiration, ils provoquent bien souvent le contraire. Vétusté, échec scolaire, parents démissionnaires, professeurs dépassés, violence, encore une fois etc... Et, sur le banc des accusés : les PROFS. Inutile de palabrer longtemps sur l'image déplorable que nous, les profs, traînons comme des casseroles, sur les clichés que nous véhiculons bien malgré nous parmi l'opinion publique. "Prof", cela sous-entend "vacances à rallonge", "fainéantise", "pantalon de velours râpé" et bien d'autres visions post-68 peu flatteuses.N'empêche que c'est l'un des nôtres, jeune prof et papa depuis peu, qui m'a dit récemment ces paroles terribles : "Je ne sacrifierai pas mon garçon sur l'autel de l'école publique."Lorsque l'on côtoie le système de près, que faire d'autre, sinon que d'hocher la tête pensivement...
Bien évidemment, je n'ai pas encore beaucoup d'expérience, et je concevrais très bien qu'on me rétorque : "Attends un peu d'avoir 20 ans de métier...", mais si je m'appuie sur ce que j'ai pu voir et observer jusqu'à présent, je crois qu'il est urgent de prendre certaines mesures. Chers lecteurs, je vous propose donc ce soir, en exclusivité, ce qui sera demain la référence pour nos politiciens désireux de réformer -pardon, d'actualiser- le système éducatif français, le PACTE de JPADPS (Propositions d'ACTualisation de l'Education)
Le PACTE de JPADPS
1. Actuellement, il est possible de faire 5 ans d'études, jusqu'au Capes, avec pour but de devenir enseignant, sans jamais voir une salle de cours. Certains jeunes certifiés découvrent le métier de manière concrète alors qu'ils ont investi dans 5 ans d'études, et doivent admettre qu'ils ne sont purement et simplement pas faits pour être profs. C'est une perte de temps et d'argent considérable, sans parler des effets néfastes sur les élèves. Le professeur stagiaire est formé en un an, avec une alternance entre une formation théorique à l'IUFM, très lourde, et un service de 6 heures avec une classe en responsabilité. A ceci s'ajoutent des stages supplémentaires divers dans différents établissements (la "pratique accompagnée") ainsi qu'une multitude de rapports et un mémoire à rédiger. Bien souvent, le travail demandé par l'IUFM est si lourd à gérer qu'il empiète sur la qualité de l'enseignement dispensé. Je propose donc de réformer le système de formation des professeurs. Je propose une formation beaucoup plus professionnalisante, avec des stages d'observation et de découverte d'établissements scolaires le plut tôt possible. De plus, je préconise un temps de stage post-concours de deux ans (contre un an actuellement) avec une première année basée sur l'observation et la formation théorique à l'IUFM, et une deuxième année consacrée à la prise en main de classes de niveaux différents.
2. Actuellement, les concours de recrutement de l'éducation nationale intègrent des épreuves écrites et orales basées sur un savoir universitaire acquis pendant 4, voire 5 ans. Or, qui dit "recrutement" dit 'entretien d'embauche". Il me semble dangereux de faire l'impasse sur cette dimension, d'autant plus que l'enseignement demande une motivation accrue, et une vision bien précise du métier. Je propose donc d'intégrer un entretien de motivation aux épreuves orales du Capes et de l'agrégation. Il n'est pas normal que l'on ne juge un futur professeur sur ses seules connaissances universitaires.
3. Actuellement, les jeunes professeurs fraîchement certifiés effectuent très souvent leur stage dans une autre Académie que celle dont ils sont originaires. Les débuts dans le métier vont donc de pair avec des dépenses souvent très lourdes : déménagement, achat de voiture, d'ordinateur, de livres, de matériel scolaire divers. Or, le premier salaire arrive bien souvent avec un retard de deux mois. Cela entraîne parfois des situations rocambolesques, comme par exemple ce jeune prof qui a dormi dans sa voiture pendant les premières semaines. Sans parler de l'obligation de s'endetter pour ceux dont les proches ne peuvent assurer le soutien financier. Cela est inadmissible ! Je propose donc au minimum une avance sur salaire dès la rentrée, voire une aide financière. Il existe bien sûr des possibilités de crédit adaptées au professeurs, mais celles-ci n'interviennent que bien plus tard.
4. Actuellement, le passage par le statut de TZR (titulaire en zone de remplacement) est quasi obligé lorsque l'on débute. Or, le TZR, lorsqu'il n'a pas la chance d'être appelé immédiatement pour un remplacement, passe bien souvent son temps à faire du soutien, des surveillances, du travail en CDI... Quel gâchis, pour ces jeunes professeurs motivés et désireux de bien faire. En outre, il est essentiel de mettre en pratique ce que l'on a appris, sous peine de "perdre la main". Je propose de nommer systématiquement les professeurs néo-titulaires, au moins sur un poste à mi-temps. En échange, on pourrait imaginer redorer quelque peu le statut de remplaçant, en rétablissant le système de points bonus, en le rendant accessible par un choix volontaire de la part du professeur. N'oublions pas que ce statut demande de grandes compétences : la flexibilité, la maîtrise du programme de l'ensemble des niveaux...
5. Actuellement, le dispositif de formation continue des professeurs repose pour une grande partie sur le principe du volontariat. Chaque professeur dispose chaque année d'un crédit d'heures de formation. Beaucoup n'utilisent pas ce crédit, non pas par paresse, mais parce que la responsabilité et la charge de travail que représentent certaines classes ne le permettent pas. Je propose de développer le dispositif de formation continue, de rendre systématique et obligatoire pour tous des réunions de réflexion pédagogique, notamment lorsque paraissent des nouveaux programmes. J'insiste sur l'importance de se tenir informé des évolutions de notre matière, sur la continuité dans l'acquisition (et la sauvegarde !) de la culture en général.
6. Actuellement, il est regrettable que, bien souvent, les professeurs travaillent de manière isolée. Je propose de renforcer le travail commun entre équipes éducatives au sein d'un même établissement, d'encourager les échanges de pratiques, de préparation de cours. Dans la même lignée, je propose d'organiser des séances d'observation intra- et interdisciplinaires. Par exemple, un professeur d'histoire assiste à une séance d'un collègue. Un professeur de langue assiste à un cours de français. De manière générale, favoriser la réflexion commune. Faisons cours la porte ouverte ! Dédramatisons l'échec, qui est tout aussi humain que la réussite ! Ne taisons plus le chahut, l'insolence, nos élèves sont des adolescents. Ils se construisent dans l'opposition face à l'autorité!
7. Actuellement, la liaison école-collège et collège-lycée est prévue, mais pas toujours réalisée, faute de temps. Je propose d'utiliser la journée de solidarité à cette fin : organiser, une fois par an, des réunions de suivi, avec définition précise des objectifs.
8. Actuellement, la seule visite médicale est effectuée en début de carrière. Or, certains professeurs travaillent dans des conditions extrêmement difficiles, et même un collègue "solide" peut être confronté à des périodes de doute, de déprime. Permettre un bilan de santé physique et psychologique annuel pourrait s'avérer salutaire et dépister certaines pathologies avant qu'il ne soit trop tard. Je propose aussi un suivi plus intense des professeurs qui sont en arrêt-maladie longue durée.
9. Actuellement, beaucoup de professeurs n'osent pas exprimer leur malaise, par crainte de la hiérarchie, ou tout simplement par pudeur. Je suggère de créer des lieux d'échange sur internet, autres que les sites académiques, ou les professeurs peuvent témoigner, demander des renseignements de manière anonyme.
10. Actuellement, un professeur est inspecté en moyenne tout les cinq ans. Cela n'est pas suffisant ! Je propose de multiplier et de dédramatiser l'inspection. Celle-ci pourrait se dérouler en présence d'un collègue choisi. Ce collègue assisterait également à l'entretien qui suit l'inspection. Entretien qui doit être considéré comme tel, même s'il aboutit à une note et à un rapport. Un inspecteur est aussi un conseiller avisé !
11. Actuellement, pour résumer vulgairement les faits, un professeur qui travaille énormément touche le même salaire que celui qui ne travaille que le strict minimum. De quoi calmer les ardeurs...les jours de lassitude! Evidemment, le professeur engagé aura toujours la satisfaction procurée par l'enthousiasme de ses élèves. Je propose d'encourager et de rendre visible beaucoup plus l'investissement personnel volontaire, de permettre des (petites) décharges pour la mise en place de projets demandant une organisation lourde (par exemple, les échanges).
12. Actuellement, il existe des règles quant au renouvellement des manuels scolaires. Les établissements scolaires disposent pour cela d'un budget défini. Or, certaines matières semblent prioritaires, et il n'est pas rare de voir des établissement où l'on utilise le même manuel depuis dix ans. Je demande à ce que l'équité entre les matières soit respectée, et que chaque collègue, et chaque élève puisse profiter des dernières parutions. Notamment en langues, où les manuels sont très vite obsolètes.
13. Actuellement, certains élèves n'ont pas les moyens d'acheter les cahiers d'activités proposés avec les livres. Dans le meilleur des cas, l'établissement en fournit un exemplaire, que l'élève doit rendre en fin d'année. Ainsi, le cahier d'activité devient une sorte de livre bis, et perd ainsi toute sa fonctionnalité. Je propose que ces cahiers soient systématiquement fournis avec le manuel. Ou alors, que les crédits de photocopie ne soient pas limités. Il est indispensable que les élèves aient leurs propres outils de travail !
14. Actuellement, l'accent est mis sur la relation avec les parents d'élève. Dans certains établissements, plusieurs rencontres parents-profs ont lieu. Cela est bien. Seulement, ces rencontres sont, pour l'instant, simplement une occasion de faire le bilan sur le travail de leur rejeton. Lorsque ledit rejeton travaille bien, c'est agréable. Par contre, le fait de devoir entendre que son enfant est paresseux, chahuteur etc...cela l'est déjà beaucoup moins! D'ailleurs, comme le faisait justement remarquer un collègue : "On ne voit jamais les parents que l'on a vraiment besoin de voir !" En outre, pour certains parents, le fait de venir à l'école les renvoie à un vécu personnel douloureux. Je propose que les établissements soient encore plus ouverts aux parents désireux de prendre part à la vie scolaire de leur enfant. Par exemple, venir observer un cours, cela pourrait rassurer certains parents. Je propose qu'ils soient davantage investits dans la réalisation de certains projets, dans la préparation de fêtes, dans l'accompagnement de sorties. Lorsque l'on a la chance d'être dans un milieu multi-culturel, faire témoigner les parents, les amener à faire découvrir aux élèves une partie caractéristique de leur culture... Travaillons main dans la main, au lieu de nous accuser mutuellement d'être les responsables de l'échec scolaire !
A suivre... J'attends VOS propositions !
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samedi, 27 janvier 2007
Nuit blanche
19 heures…
Le jour décline, et j’assiste, impuissante, au retour des fantômes. Je me dépêche de rire une dernière fois, bien fort, afin de signifier à tous : « regardez comme je suis une fille drôle, épanouie… ! ». Je ferme la porte derrière moi et m’empresse de baisser les stores en bois, pour ne pas assister au camaïeu noircissant de la journée qui fout le camp. J’appelle une copine, nous échangeons quelques bons mots. Lorsque je raccroche, j’ai la certitude qu’elle me prend pour la fille la plus hilarante de l’univers. Je dois me dépêcher, car je sens déjà mon âme se vider, mes doigts refroidir. Chaque minute qui passe, mes pupilles se dilatent un peu plus, et je sais que d’ici minuit, elles auront recouvert totalement ce qu’il reste encore de bleu dans mes yeux.
21 heures…
Le téléphone s’est tu, ma boîte mail ne reçoit même plus de spams, lorsque j’entends le grincement caractéristique de la clé dans la porte. En l’espace de quelques secondes, l’appartement est envahi de joyeux drilles, passablement éméchés, et je reçois leurs accolades et leurs baisers avec un sourire radieux.
22 heures…
Discrètement, je fouille pour la millième fois ce vieux sac qui pourrait éventuellement contenir de quoi repousser les fantômes. Je gratte le plancher, j’inspecte les boîtes en fer. Je SAIS qu’il y en a encore. Mon radar est infaillible. Une musique agressive frappe mes tympans, ils s’amusent, dans le salon. Je me verse un verre en leur compagnie, afin qu’ils ne soupçonnent rien. D’ailleurs, je contrôle tout. Je contrôle, car je sais. Je connais chaque étape, chaque seconde. Je n’ai plus peur.
Pas comme la première fois, où le fantôme m’a surpris, où je n’étais pas à l’endroit qu’il faut, avec les gens qu’il faut. Ce soir-là, j’ai été folle. Vraiment folle. Comme ceux qu’on interne. Heureusement que personne ne s’est rendu compte. Il faut dire qu’ensuite, j’ai effacé leur mémoire. Mais sur le moment, j’ai bien cru que j’allais finir chez les tarés. Il faut croire que je sais bien dissimuler. J’ai l’habitude, d’ailleurs !
Aujourd’hui, je peux me vanter avec certitude que personne ne connaît le véritable moi. Je trinque, je rigole aux blagues, je mets de la musique étonnante qu’ils n’ont jamais entendu. Bien sûr, ils veulent tous savoir ce que c’est.
Ce qu’ils ne savent pas, c’est que tout autour de ma muraille, les spectres cognent, essayent de se frayer un chemin jusqu’à un pore de ma peau que j’aurais oublié d’obstruer.
23 heures
Ma résistance faiblit. Ils vont se casser bientôt, là ??? Je suis maintenant presque entièrement vide. Un trou béant, un tunnel sans fin. Un cosmos aux dimensions changeantes. Je n’ai pas le courage de continuer ma quête minutieuse, même si je sais que je pourrais trouver de quoi me soulager. Je décide de laisser les fantômes me rendre visite. Je commence même à apprécier cette sensation de néant intersidéral, de solitude écrasante.
Minuit
Par un hasard heureux, je suis seule. Seule dans le sens de « débarrassée des autres », car même dans la foule, je suis seule. Une enveloppe agréable et rien dedans. Un tronc d’arbre mort. Tiens, la mort. Je réfléchis, et me demande à quoi ressemble le moment où l’on part pour l’éternité.
1 heure
J’ai très froid. Je suis très seule. Je me demande si, lorsqu’un vieillard meurt, son âme se glisse immédiatement dans celle d’un nouveau-né. Premier hurlement. L’âme du vieux devient amnésique et toute neuve. Le bébé peut vivre. Le fantôme du vieux que j’ai empêché d’intégrer sa nouvelle enveloppe corporelle arrive. Je ne le vois pas, mais je sais qu’il est là.
2 heures
Je suis couchée. La lampe de chevet me brûle les yeux. J’ai de la fièvre. Plusieurs fantômes ont pris possession de mon corps, et s’amusent à le jeter aux quatre coins du lit, à broyer ses os, à tortiller ses muscles. Je sais que je ne dois pas éteindre la lampe, car alors, l’obscurité prendra diverses formes, et risquera de m’entraîner dans sa spirale, vers une chute sans fin. Je préfère encore brûler à la lueur de la lampe de chevet.
3 heures
La dernière musique que j’ai écoutée résonne inlassablement. Si je reste immobile, les fantômes oublient de me torturer. Mais pas trop longtemps. Il faut sans cesse trouver une nouvelle position.
Une foule de gens vient m’ennuyer dans mes rêves. Des gens dont je me fiche éperdument. Ceux que j’aimerais voir ne viendront jamais.
Les visiteurs du sommeil paradoxal me parlent, mais je ne comprends rien. Je voudrais qu’ils se taisent. Des insectes, de la musique. Et puis surtout, cette chambre aux murs en accordéon, suspendue parmi les nuages, que je voyais tout le temps dans mes rêves d’enfant. Je suis peut-être au paradis ?
Mais si je suis dans la chambre accordéon, cela signifie que je suis morte ?
4 heures
Il fait si noir dans la chambre qu’il est impossible de voir quoi que ce soit, même en se concentrant. Les fantômes ressortent par les pores en suitant, formant des dizaines de petits ruisseaux malodorants.
5 heures
Quelqu’un erre dans l’appartement. On vient me chercher ?
6 heures
Comment empêcher le jour de se lever ? Comment l'affronter sans béquilles ? Je suis l'"imbecillus", celle qui marche désormais sans béquilles. Sauf que sans elles, je sais que je vais me casser la figure.
7 heures
Et si rien ne se passait tel que nous en avons conscience ? Et si je gisais sur le carrelage de la salle de bain, l'âme vaincue pour de bon ? Comment vérifier ?
8 heures
Constat amer : la nuit si détestée hier soir est en train de foutre le camp. Le ciel se teinte de gris, sans influence aucune de ma part.
Dans quelques instants, j'afficherai mon premier sourire de la journée, l'air de rien, tandis que la terre se repeuplera, et que les fantômes disparaîtront dans un coin connu d'eux seuls... jusqu'à la nuit prochaine... Alors que j'ai gagné mon combat contre la nuit, je fais couler de l'eau dans le verre, afin de faire passer la pilule...
Déc. 2000
02:20 Publié dans Parfois, la prof réfléchit sérieusement | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
jeudi, 21 décembre 2006
Bilan bloguesque
Voilà maintenant presque deux ans que "happydeutschlehrerin" existe. Au début, je souhaitais raconter mon année de professeur stagiaire, ses anecdotes parfois drôles, parfois tristes. Raconter nos journées épiques de formation à l'IUFM. Mes colères, mes doutes, mes joies de nouvelle prof.
Puis, sans que cela soit calculé, des notes plus intimes sont venues s'insérer dans ces pages. Un évènement de la journée, même insignifiant, qui me donne à réfléchir. Mes films, mes musiques...Histoire de rappeler qu'un prof ne vit pas dans sa salle de classe. Enfin, pas seulement...
Il y a eu des notes sur Thiéfaine, aussi, beaucoup, même. Petit à petit, le blog s'est étoffé, diversifié. Et un jour, fatalement, il a été plein. Il a fallu supprimer des notes pour retrouver un petit peu d'espace d'expression. J'ai changé les couleurs, aussi, au gré des saisons et des humeurs.
Parfois, le désir un peu vain de se révéler m'a fait insérer des photos, avant de les enlever à nouveau.
Dans sa dernière interview, Thiéfaine disait :
"Qu'est-ce qu'un professeur sans élèves ? Qu'est-ce qu'un comédien sans public ?"
Et un blog sans lecteurs, alors ? Si l'on considère le blog comme une sorte de journal intime, on peut très bien concevoir le fait d'écrire sans être lu.
Seulement voilà, si à la fin d'une note, on clique sur "publier", c'est que quelque part, le désir d'être lu existe. J'aurais très bien pu faire de tout ça un grand document Word, point barre. J'avais donc envie de partager mes coups de gueule, mes réflexions, mes passions... j'ai cliqué sur "publier", sans trop réfléchir à quoi cela pouvait mener.
Les lecteurs sont venus. Au début, les amis, les collègues. Puis, des profs. Petit à petit, "happydeutschlehrerin" est apparu dans des listes de liens d'autres blogs. Il y a eu des journalistes, l'interview sur Radio France et le grand dossier sur les profs blogueurs. Comme si, de blog lambda, "happydeutschlehrerin" devenait un blog de référence. Parfois, j'ai fait de longues pauses. Certains lecteurs sont devenus fidèles. J'ai commencé à recevoir des mails d'encouragement, beaucoup même. Cela m'a étonné, d'ailleurs !
En même temps que mes sujets se diversifiaient, les lecteurs, eux aussi, venaient d'horizons de plus en plus différents. Des profs, encore, des fans de Thiéfaine, des ados, des mères de famille...
Il y a eu des petits coups de gueule, je pense à deux personnes notamment, qui n'ont pas compris mon humour, et qui pendant un certain temps se répandaient en notes peu élogieuses à mon égard. Bizarrement, je trouvais le fait d'avoir des détracteurs presque plus excitant que celui d'avoir des "fans". De toute manière, je me fiche de ne pas plaire à tout le monde, tant que je reste intègre dans ma manière de penser...
J'ai eu la chance, grâce à ce blog, de rencontrer des gens, tous tellement différents et intéressants. Certains sont devenus des amis. Le hasard m'a fait croiser des inconnus qui disaient connaître "happydeutschlehrerin". J'ai connu l'étrange sensation d'avoir une petite notoriété, même si elle est minuscule.
Et même si j'ai parfois écrit des choses subversives, je n'ai jamais eu peur de représailles, de l'effet "garfieldd". Je soupçonne même certains de mes supérieurs hiérarchiques de connaître l'existence de ce blog. J'ai toujours été persuadée que tant que l'on reste honnête, il ne peut rien nous arriver...(quoique..., mais cela est un autre sujet!)
Ces derniers temps, mon inspiration s'essouffle, car "qu'est-ce qu'un professeur sans élèves ?"
Bien sûr, des élèves, j'en vois, seulement ce ne sont pas MES élèves, avec qui je construit MON cours, MA progression, MES projets. Je ne suis là que pour rattraper, répéter, refaire ce que font les VRAIS professeurs, ceux qui ont la parole dans mon lycée. Je ne suis qu'une remplaçante à qui l'on doit, règlementation oblige, donner des heures en attendant qu'on ait besoin de moi pour un remplacement. Pourtant, j'ai un concours, obtenu haut la main. J'ai des compétences, de l'enthousiasme à revendre, la passion pour mon métier. Seulement voilà, on ne me laisse pas l'exercer comme j'aimerais, et c'est ainsi que ce qui était l'essence de ce blog disparait petit à petit. Je n'ai rien à raconter, rien pour vous faire rire, pleurer, réfléchir... Cela me rend triste !
Je sais que demain, je peux être nommée n'importe où, pour une semaine, un mois, ou pour le reste de l'année. Alors, mon enthousiasme se réveillera, subitement, ma vie sera remplie de tous ces petits moments que j'aime tant raconter.
Pour l'instant, c'est le désert professionnel. Je sais que je ne suis pas la seule. Etre remplaçant, c'est un peu le bizutage de l'éducation nationale. Seulement voilà, à ce jeu là, combien de jeunes professeurs laissent leur verve, leur idéalisme, leur envie de donner tout à un métier choisi par véritable vocation ? Je ne m'apitoie pas sur mon sort, loin de là, je trouve simplement désolant que l'on sacrifie autant de talents et de compétences... car je connais tellement de professeurs jeunes et talentueux qui croupissent dans de sombres arrières-bureaux, des étudiants brillants que l'on relègue dans un coin de salle afin de surveiller des devoirs. Pour une majeure partie d'élèves et de leurs parents, de collègues, même, nous ne sommes pas de VRAIS profs.
Oups, voilà que je me suis éloignée à mille lieues de ce qui était le sujet de cette note! "Das ist ein weites Feld." dirait Fontane !
Je parlais donc de cette pause momentanée, des lecteurs. Je sais que certains d'entre vous viennent tous les jours pour voir s'il n'y a pas quelque chose de nouveau à lire.
Etrangement, alors que j'écris de moins en moins, les messages que je reçois prennent une tournure différente : alors qu'au début, c'étaient des encouragements, des compliments, je reçois maintenant des mails dans lesquels on me demande d'aller au delà du blog. D'écrire autre chose que des posts, ailleurs que sur hautetfort...
Etrange titillement... car l'idée me trotte dans la tête depuis longtemps.
Jusqu'à l'âge de 25 ans environ, j'ai écrit des poèmes, comme beaucoup d'adolescents. D'ailleurs, le procédé d'écritude de Thiéfaine m'inspirait la plupart du temps !
Un jour, alors que j'étais encore étudiante, je suis partie à la mer avec deux de mes professeurs. L'un d'eux était professeur de littérature, et il avait manifesté l'envie de lire ces poèmes. Au début, j'ai refusé, car c'étaient des textes très intimes, écrits pendant une période très sombre de mon existence. Mais ce soir là, l'alcool et l'ambiance conviviale aidant, il fut décidé que nous irions chercher chez moi mon petit carnet poétique, et que nous partirions à la mer ensemble pour les lire, tout en regardant se lever le soleil.
Nous sommes donc partis à quatre : le prof de littérature, le prof de civilisation, un autre étudiant et moi. Arrivés sur la côte, le prof de littérature est parti dans les dunes avec mon carnet. Il est revenu deux heures plus tard. J'ai eu l'impression qu'il avait pleuré, je ne sais pas... Il m'a juste rendu les poèmes, en disant :
"C'est génial. Il FAUT que cela soit publié. Il le FAUT."
C'était il y a dix ans. Le carnet existe toujours, il est plutôt en mauvais état. Je ne l'ai jamais envoyé. Il y a tellement de gens qui écrivent des poèmes...
Dix ans plus tard, je lis : "tu me fais pleurer de rire", "tu as tellement de talent, tu devrais écrire plus", "as-tu déjà pensé à écrire un livre?"
Il n'en fallait pas plus pour titiller le germe d'orgueil que tout le monde a au fond de soi. Pourquoi pas ? Je ne sais pas faire grand' chose, mais visiblement, les gens aiment ce que j'écris. Avec tout de même un sentiment de culpabilité de cette vanité...
J'ai donc ouvert un document Word, et j'ai essayé d'écrire.
Seulement voilà, ça ne passe pas... Alors que j'écris mes notes bloguesques d'une traite, sans brouillon, sans me relire, l'angoisse de la page blanche me serre la gorge, paralyse mes doigts, et tout ce que j'écris finit invariablement dans la poubelle virtuelle de mon I-book... Je suis en colère...
Je n'arrive même pas à trouver de fil conducteur, alors que d'autres déploient des trésors d'imagination avec une facilité déconcertante.
Alors, je me dis que peut-être je devrais vraiment me limiter à ce blog, et attendre d'avoir un chouette remplacement, histoire d'avoir plein d'anecdotes estampillées éduc'nat' à raconter.
Alors, je me tourne vers VOUS, les lecteurs de ce blog, ceux qui m'envoient des messages et qui ont attisé le feu :
Que dois-je écrire ?
Quel thème ?
Est-ce que le héros doit mourir à la fin ?
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mercredi, 01 février 2006
Pourquoi l'IUFM est critiqué de manière si virulente
Le dossier de Radio France nous a livré, une fois de plus, un lot de critiques acerbes à l'encontre de l'Institut Universitaire de Formation des Maîtres (pour les non-initiés !).
En même temps, dans les salles des profs, ça discute ferme (oui, enfin on va dire : dans ma salle des profs de l'année dernière). D'un côté, les jeunes, grandes gueules, le cartable empli d'enthousiasme, de convictions, et d'envie de tout bousculer. Ceux-là, on les entend grogner, l'air dépité :
"Qu'est-ce qu'on s'est emm... grââve à l'IUFM, hier !"
Et les autres stagiaires, de s'exclamer à l'unisson :
"Ah ouais, franchement, ça sert à rien, ce truc !"
Dans ces moments-là, il y a toujours un ancien pour rétorquer, maussade :
"Ben moi, j'en ai pas eu, de formation !"
Sous-entendu : j'aurais bien aimé en avoir une, moi qui ai été jeté dans la fosse aux lions comme ça, sans être briefé, alors tais-toi, tu ne sais pas la chance que tu as !
Parallèlement, les jeunes professeurs fraîchement démoulés de la boulangerie IUFM se disent insatisfaits de leur formation, qu'ils jugent inutile, fastidieuse et complètement empreinte d'idéologie illuminée.
Ainsi, des deux côtés, le constat est le même : IUFM ou pas, les débuts dans le métier restent difficiles, et le remède miracle semble ne pas encore avoir été trouvé.
Or, comme le souligne Suzanne Nadot, maître de conférences en sciences de l'éducation à Versailles, la formation des jeunes professeurs se donne avant tout pour objectif "d'éviter que ce soit pire".
En clair, apporter un minimum de savoirs théoriques et pratiques, afin que les débuts dans l'enseignement de nos jeunes collègues ne soient pas totalement catastrophiques.
Il faut savoir qu'un professeur qui débute dans le métier se trouve confronté à une situation hautement génératrice de stress. D'un coup, il passe d'un statut d'étudiant à la "Tanguy" à celle de "prof". Or, être "prof", cela implique le fait d'être adulte, responsable, référent, omniscient. Voilà une lourde responsabilité à porter ! Certains vont montrer une fragilité psychologique trop importante pour faire face à ce maelström de bouleversements.
L'année de stage, et je me permets d'en parler puisque je l'ai vécu moi-même l'année dernière, est une année de remise en question permanente, pendant laquelle s'opère cette mutation parfois douloureuse.
Souvent, les jeunes professeurs sont de jeunes adultes post-adolescents, des "adulescents" comme les médias se complaisent à les appeler. Ces adulescents, donc, n'ont parfois pas complètement terminé le cheminement psychologique qui consiste à se chercher, à se forger une personnalité. Alors qu'ils peinent déjà à se positionner en tant que personne dans un monde de plus en plus complexe, voilà qu'on leur demande manu militari de trouver une nouvelle personnalité, celle qu'ils seront en tant qu'enseignant. Le téléscopage de ces deux facettes de la personnalité entraîne bien des périodes de doute.
A ce stade, le jeune professeur va chercher des appuis, des guides spirituels et pratiques. Pour cela, il a à sa disposition son conseiller pédagogique, un professeur chevronné, nommé pour l'accompagner au quotidien et répondre aux situations d'urgence tout comme aux réflexions à long terme. Et puis il y a l'IUFM.
L'IUFM, cette institution, donc, en qui les professeurs stagiaires vont placer beaucoup d'espoir, espérant y trouver les solutions miracle, la trousse de secours qui règlera tous leurs problèmes.
Néanmoins, je ne crois pas qu'en matière d'enseignement, on puisse apporter des solutions valables universellement. Où peut-on mieux apprendre à enseigner que dans une salle de cours ? Comment trouver des solutions, si l'on ne s'est pas frotté aux situations délicates ?
Alors, l'échec du début serait donc inévitable ? Les erreurs salutaires ? N'oublions pas qu'une classe, c'est avant tout un groupe de personnes qui ne se sont pas choisies. Le professeur, a qui l'on a demandé d'apporter un semblant de cohérence à ce groupe, est encore moins le bienvenu. Sans compter que ce groupe-classe vit une période difficile, celle de la puberté, puis de l'adolescence. Dans ces conditions, le conflit est quasi programmé !
Je l'ai dit plus haut, l'IUFM peut apporter un savoir théorique, des références avérées. Celles-ci sont tout, sauf inutiles. Elles sont l'amorce indispensable à la réflexion personnelle que chaque aspirant professeur doit entamer.
Certains, cyniques, comparent les formations à des réunions d'alcooliques anonymes. Chacun vient déverser son lot de soucis, sous l'oeil compatissant d'un formateur. Certains accusent ces réunions d'être une sorte de révélateur de ceux qu'on estampillera "prof à problème". Je crois que ces tables-rondes sont avant tout un espace d'échange, où l'on apprend au professeur à ne pas rester seul, à travailler avec des collègues, à réfléchir communément aux solutions à apporter aux problèmes les plus fréquemment rencontrés. Voilà un point d'une importance capitale. Combien de fois ai-je vu, en salle des profs, des collègues repliés sur eux-mêmes, vivant dans une écrasante solitude leur sentiment d'échec. En cela, l'année de stage est une occasion inespérée de rencontrer des semblables, d'échanger, de refaire avec eux le monde de l'éducation.
Il est vrai que lorsque l'on vit ses premières heures de cours agitées, notre première réaction sera de trouver un exutoire. Alors, on accusera le tuteur d'incompétence, et l'IUFM d'inutilité, d'immuabilité.
Or, s'il y a un reproche que l'on ne pourra décemment pas faire à l'IUFM, c'est de ne pas chercher à évoluer. Si vous êtes passés par là, vous vous souvenez certainement des séances d'évaluation qui avaient invariablement lieu à la fin de chaque formation. Chaque stagiaire recevait un questionnaire qu'il devait remplir, anonymement. Pour avoir suivi de près plusieurs "promos" de stagiaires, je sais que ces évaluations on été prises en compte. Je me rappelle aussi que la toute dernière journée de formation a été consacrée à l'établissement d'un bilan collectif. Au cours de cette journée, nous avons pu nous exprimer vraiment librement, puisque nous étions libérés de la crainte de ne pas être titularisés. Nos formatrices ont écouté nos revendications, voulu connaître nos idées pour améliorer ce qui n'avait pas fonctionné.
Ainsi, nous avions suggéré par exemple d'intégrer la dimension pratique AVANT le concours. En effet, il est dommage d'étudier pendant 4 ans, puis de passer, plusieurs fois parfois, un concours très difficile, pour s'apercevoir ensuite que l'on est absolument pas fait pour l'enseignement. Cela éviterait bien des déconvenues, des déceptions, des larmes. Cela éviterait peut-être aussi à certains de redoubler l'année de stage, d'être licenciés, parfois, et permettrait peut-être des réorientations efficaces.
Ensuite, nous avions suggéré un allongement de la période de stage, comprenant une première année dédiée à la théorie, à la rédaction du mémoire ainsi qu'à l'observation exclusive de cours, et une deuxième année qui serait consacrée à la prise en main des classes, à l'élaboration de projets pluridisciplinaires et à une réflexion-analyse de chacun sur sa pratique du métier.
Le souci de la formation actuelle est, à mon humble avis, qu'elle est trop dense. Formations théoriques, rédaction du mémoire ainsi que de plusieurs dossiers, cours à préparer, pratique accompagnée, inspections à gérer...les stagiaires sont très vite débordés. Cette sensation de dépassement, ajoutée aux problèmes de gestion de classe que nous rencontrons tous et l'angoisse de la non-titularisation forment un cocktail explosif qui peut conduire à un surinvestissement émotionnel de tout le système de formation.
00:35 Publié dans Parfois, la prof réfléchit sérieusement | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
mardi, 24 janvier 2006
Ce soir, je réfléchis...
Eh oui, cela m'arrive !
Encore une fois, mes réflexions portent sur le pourquoi et le comment de ma vocation de professeur. Parfois, vous l'aurez constaté, je me sens légèrement extra-terrestre. Parfois, j'ai la sensation que mes idéaux volent en éclat. Mais dans ces moments-là, je me rappelle ce que peut être notre métier, ailleurs.
Ici, je m'adresse spécialement à un collègue d'histoire qui se reconnaîtra : N'oublie jamais où nous étions l'année dernière !
Un lycée rempli de gens qui aiment leur métier, leurs élèves, et leurs collègues. N'oublie jamais la sensation de bien-être que nous éprouvions lorsque nous étions assis, tous ensembles, à refaire le monde.
Rappelle-toi comme les anciens nous portaient, nous, les p'tits jeunes.
Ces souvenirs me donnent de l'espoir, les jours où je n'ai pas tellement envie.
N'oublie jamais qu'il existe des gens qui reconnaissent notre travail, qui croient en nous ! Parfois, l'ordinateur des mutations ne fait pas tellement bien son choix. Nous sommes jeunes, alors nous allons là où les autres ne veulent pas aller. Certes.
Une chose est sûre : les élèves sont les mêmes partout.
J'essaye de ne jamais perdre de vue pourquoi je fais ce métier : pas pour moi, pas pour les autres, ni même la reconnaissance. Mais pour LES ELEVES.
Lors de la rentrée passée, on nous avait dit : "Vous êtes l'avenir, l'espoir de la France". Sur le coup, on a rigolé, certainement aussi sous l'effet du poids de ces paroles.
mais n'y a t-il pas du vrai là-dedans ?
En tout cas, j'essaye du moins de leur APPORTER de l'espoir, à défaut de pouvoir leur promettre un avenir.
Car si on ne croit plus en ce qu'on fait, c'est la fin assurée...
20:40 Publié dans Parfois, la prof réfléchit sérieusement | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note



