samedi, 17 novembre 2007
Il y a un an exactement...
Je prenais le train pour Paris, puis le métro direction le Zenith... Sur la longue allée qui mène à la salle, j'ai appelé Tommie que je ne connaissais pas. Enfin pas en vrai... Elle était bien sûr la première dans la longue file de gens qui attendaient déjà. Une file parmi laquelle se cachaient toutes sortes d'aficionados, de fragmentés, de planèteux, d'officieleux...sans oublier bien sûr, quelque part un chapeau noir et des nouvelles lunettes.
Grâce à Tommie, j'ai grillé toute cette foule et à présent, je me les gelais avec elle et mon sac à dos. Passque Tommie avait tout prévu : sa voiture transformée pour l'occasion en camping-car, avec de la bouffe, à boire, des couvertures et le brave Tom pour nous réchauffer. La classe. Sauf qu'on a jamais posé nos fesses dans sa voiture. Mais...n'extrapolons pas!
Soudain, mon téléphone sonne, et au bout, une Katell furieuse, et un Sam ronchon. La faute à un fichu radar... Du coup, ils sont super à la bourre, et c'est limite l'hystérie à l'idée de louper le début du concert. Je lui dis que bah, il est encore tôt, qu'au pire elle ratera la première partie, et qu'on lui garde une place (enfin, deux) au chaud dans le carré VIP.
Et puis les portes s'ouvrent, et c'est long parce que tout le monde est fouillé. Et moi qui rentre la toute deuxième, juste après Tommie, je montre mon gros sac à la fille qui le regarde, l'air de dire "pffff, par quelle poche je vais commencer??" et moi je lui dis : "Ne vous inquiétez pas, là-dedans y'a juste un sac de couchage et une brosse à dents!". Et hop, je passe sans être fouillée!
Grâce à deux gars, Tommie et moi on est devant contre la barrière, c'est cool, et puis comme ça Tommie, qui a du mal à rester debout, elle peut s'appuyer sur quelque chose.
Après, c'est marrant, on se rend compte qu'on est juste à côté de Arabesque, Sophie Blanche-Neige et Brigitte. Cool, on va nous entendre chanter les choeurs haha!! J'espère juste que je ne vais pas me faire écraser contre la barrière et étouffer à moitié comme on festival du Pont du rock...
Et puis c'était Elista, en première partie, ambiance, et tout et tout... La tension montait progressivement. C'est le moment que je préfère dans les (grands) concerts : ces interminables minutes où l'on sent que ça commence à bouger sur scène, où certains croient apercevoir l'ombre de l'artiste sur le côté, les fausses alertes d'applaudissements...les lumières qui deviennent sombres, la scène progressivement noyée dans le bleu foncé, des accords incertains, une intro... Cabaret Sainte Lilith! Je me retourne, aux anges, et quelque part derrière, j'aperçois Katell et Sam, tout sourire... Ils ne me voient pas mais qu'importe, je les ai retrouvés après le concert. Mais voilà que j'extrapole encore...
Le concert était sublime et les caméras virevoltaient au-dessus de nos têtes. Hubert, comme il était filmé, faisait son show et se tenait globalement plus straight que d'habitude... Genre à Béthune ou il était bien torché. Perso, je préfère ces concerts fracassés, mais bon...
Derrière nous, une journaliste de Paris Match, avec qui on discute, prépare mentalement un article dont finalement personne ne voudra. Je sais qu'après, elle va aller L'interviewer. Chanceuse, va!
"Ronge tes barreaux avec tes dents"... Pendant la chanson dédiée à Bertrand Cantat, j'ai une petite pensée émue pour la personne qui sur le forum de la Planète cherchait désespérément une fille à tenir dans ses bras (alors, c'était qui, hein?).
Magnifique étranger dans la glace, le refrain, tout le monde le chantait et ça faisait un de ces choeurs, j'en avais des frissons... Malheureusement, le DVD et le CD de ce concert n'a pas réussi à rendre ce moment dans toute son intensité...
Mathématiques souterraines... Et là, subitement, j'avais 16 ans, j'étais en 1èreA2, et je m'écoutais en boucle l'album "Route 88". Et, moi aussi, j'aurais aimé qu'il y ait des ascenceurs au fond des précipices.
Guest stars. Je n'avais encore jamais vu le ptit mec de Thiéfaine. 12 ans et déjà batteur, sur la scène du Zenith. C'est dingue...
Moments d'émotion, d'autres guest stars, des rappels... et fatalement, le moment arrive où la scène se vide, tout comme la salle, où subitement, on se rend compte que la lumière est crue, et que les enceintes diffusent un morceau déprimant. Manque plus qu'une balayeuse solitaire...
C'est là que je prends conscience aussi que je suis seule, seule au milieu de la foule et des groupes de gens qui se retrouvent, qui discutent. Ceux qui restent, c'est nous, les "fans" (quel mot débile, ça fait Jacques Martin, paix à son âme...). J'ai la gorge nouée, comme après chaque concert de Thiéfaine. Je sais qui la redescente sera pas climatisée du tout, et que ça va encore durer des semaines. La gorge nouée et les yeux prêts à déborder, mais ça va, je me concentre... sauf que je croise le regard de Katell, en larmes. Et là, c'est fini. Je suis par terre et je pleure.
On a tous rendez-vous dans un bar un peu plus loin (nom du bar??), ils sont déjà tous là. Une petite caresse et un pipi pour Tom, une gamelle, plein de gens que je ne connais pas mais qui ont l'air de tous très bien se connaître : les fragmentés... Katell m'en présente quelques-uns, mais l'heure n'est pas encore venue de se connaître plus. De toute façon, je discute avec le Doc. Dès que je le vois, je lui mets le grappin dessus et je l'abreuve de paroles. Nan, mais on discute super bien, et ce soir-là je me sens proche de lui et bien connectée à son esprit.
Plus tard, on mange longtemps longtemps dans un resto, où j'ai l'occasion de discuter ci et là. Je trouve Uther particulièrement gentil et sympa. Plus tard encore, on finit à 40 dans une toute petite arrière-salle d'un pub bien sympa et plus tard toujours, encore un autre café. Puis c'est l'heure de se séparer. On n'a pas envie. Alors, on décide de se retrouver le lendemain pour l'expo David Lynch. Mais le lendemain, c'est demain, et nous, c'est maintenant qu'on n'a pas envie de se quitter... Alors, en tout petit comité, on fait l'ouverture d'une brasserie... Petit dej' pour moi, tajine et steack-frites pour les autres... Discussions intenses et, finalement, redescente à peu près climatisée...
Quelle belle soirée/nuit...
C'était il y a un an exactement...
23:20 Publié dans La prof se pâme devant Thiéfaine... | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : hubert, felix, thiéfaine
mardi, 03 avril 2007
Un weekend enchanteresque avec Hubert-Felix Thiéfaine

Une fois n'est pas coutume, je vais raconter ma vie. Après tout, hein?
Samedi matin, j'ai renoncé à ma grasse matinée, et j'ai pris le train pour Paris. La veille, à 22h00, j'errais encore dans les rues de Lille, à la recherche désepérée d'un phonehouse ouvert où je pourrais imprimer mon exposé de 15 pages sur l'univers germanique de Thiéfaine. Coup de chance, il y en avait encore un qui était ouvert, enfin qui fermait à 23 heures, et comme je parle d'un coup de chance, il était 22h59.
J'arrive donc à Paris, enfin plus précisément à la gare de Lyon. J'appelle Katell sur son portable, et c'est am qui répond, tout excité. T'es où? Merde, je te vois pas ! Eh, moi je te vois, tourne la tête. A gauche, non à droite ! Coucouuuuuuuuu!
Et ce fut parti pour le tourbillon de la vie. Evadné, Katell, Tommie, Lilith et son mec, Yoann, Uther et tous les autres. Tonton et tata de Sam du cercle de poésie, et, last but not least, notre cher Doc et sa T.O.Q.U.E sur la tête. Quel bonheur de les retrouver, tous ! Instantanément, la même complicité qu'en Novembre règne. Nous sommes là pour la même raison : pour Hubert. Certains sont venus de loin, ont cassé leur tirelire. Pourtant, Hubert, on ne le verra pas. Non, Hubert, il est à Dijon et signe des autographes. Mais nous comptons bien lui rendre hommage...
Peu à peu, les amateurs de poésie arrivent. Quel challenge : présenter Thiéfaine à un public néophyte pour certains, mais aux connaissances hubertfélixiennes pointues pour d'autres. Glurps. Ceux qui doivent intervenir semblent étrangement pâles et silencieux. Pourtant, y'a pas de quoi. La bienveillance règne. Des gens arrivent, encore et encore. Est-ce que ce papy va apprécier la truculence des vers d'Hubert ?
Après une dernière cigarette de décompression et un petit verre de Bordeaux, c'est parti ! Et en musique s'il vous plaît ! Yoann et Uther n'ont jamais joué ensemble. Paraît que Uther s'est entraîné avec les vidéos de YoYo!!! Eh ben c'est réussi ! Ensuite, c'est notre Katell qui présente l'oeuvre (gigantesque) de Thiéfaine. Quel don d'écriture... je suis admirative. Pas une fois, je n'ai décroché et comme moi, le public est accroché à ses lèvres. Certains prennent même des notes, comme à la fac !
Ensuite, ben c'est à moi ! Que dire...toujours ce syndrôme de l'imposteur qui me taraude... mais peu importe, à la dernière phrase, les gens applaudissent avec bienveillance, et je suis heureuse et excitée à la fois, car cet exposé m'a ouvert 1000 pistes de lectures croisées, j'ai appris des tonnes de choses, et même si j'en ai pas parlé, j'ai relu Nietzsche !
Tommie, quant à elle, nous a proposé une relecture très personnelle de la chanson "syndrôme Albatros". Petit message personnel : Tommie, arrête de t'excuser d'exister et de parler, tu as fait un travail hyper touchant, et ta façon d'aborder les choses m'inspire beaucoup. Tu as vraiment apporté une touche spéciale à cette après-midi, et tu écris bien. Tu es super !
Ensuite, c'est Lilith qui a lu des textes, accompagnée à l'harmonica par Jean-Jacques, puis c'est Jean-Jacques himself qui a lu, puis Tony Carbonare et sa moustache (alias Philippe) et nous avons conclu, car le temps pressait, par des chansons.
Autoroutes jeudi d'automne, Les dingues et les paumés, Loreleï...mais aussi Confessions d'un never-been. J'ai senti mes yeux qui piquaient, d'autres ont laissé couler les larmes. Que c'est bon de ne pas avoir l'air con dans ces moments-là, d'être avec des gens qui sont sur la même longueur d'onde... Au début, nous écoutions religieusement Yoann et Uther, mais comme dans les concerts d'Hubert, nos voix nous ont petit à petit échappé, et nous avons fini en choeur, pas aussi grand que celui du Zénith, mais aussi fervent !
Evidemment, nous ne pouvions pas concevoir de mini-concert sans la traditionnelle fille du coupeur de joint, et lorsque les premiers accords ont retenti, la "maison des délices" s'est subitement enflammé, et dans la liesse générale, on a beuglé les "oooh ooooh ooooh wooooh" et on s'est joyeusement plantés dans les paroles. Comme quoi...!!
Puis, direction manger, où chacun a pu discuter avec chacune. Sam a assuré l'ambiance à la guitare, et encore une fois, nous avons chanté. Sam, c'est un vrai jukebox. Il a un gros classeur avec les chansons d'Hubert, et nous, on n'avait qu'à choisir!!!
Merci Sam, qui a également assuré l'immortalisation de la journée en vidéo. Quelle organisation !
La soirée s'est gentiment achevée dans un bar, et comme il faut bien se séparer à un moment, on s'est promis de remettre ça vite vite. Chacun est reparti sur son chemin, moi le coeur empli de joie mélancolique.
Merci Katell, merci à tous.
Le lendemain, Dimanche, il faisait très beau, et j'étais particulièrement heureuse, pour une raison plus privée, qui fait environ 1m85, qui porte des t-shirts oranges estampillés "sexy centriste", qui imite à mort les inconnus et qui se trouve être l'un de mes petits frères adorés.
Voilà, je poste ce texte SANS me relire, donc les intégristes de l'ortograFe ravaleront leur salive et me ficheront la paix !
Pour des chouettes photos de ce week-end, c'est par ici !
http://cabaretsaintelilith.hautetfort.com/album/la_fete_a...
22:20 Publié dans La prof se pâme devant Thiéfaine... | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
samedi, 29 novembre 2003
Regards croisés sur Thiéfaine et le loup des steppes
Dans la préface du livre de Hermann Hesse, on peut lire, à propos du « loup des steppes » :
« … mais il ne décide pas de se tuer car la foi qui lui reste lui dit qu’il doit boire jusqu’à la lie ce calice de douleur, que cette douleur cruelle ancrée dans son cœur sera seule la cause de sa mort. »
Thiéfaine dit :
Mais je veux vivre encore plus ivre de cramer.
Je veux ronger le mal jusque dans ses recoins.
J'ai traîné mes vingt siècles d'inutilité.
Je n'ai plus rien à perdre, mais j'en veux pour ma fin,
J'en veux pour ma faim.
(Exil sur planète-fantôme)
Depuis quelque temps, quand j’écoute Thiéfaine, j’ai souvent l’image du « loup des Steppes » de Hermann Hesse qui s’impose à moi.
Cela a commencé lors du concert à Béthune, lors de l’intro du « Cabaret Sainte Lilith » : cette voix lugubre de colporteur qui déclame des noms de médocs, de drogues et de yoghourts me fait penser à ce personnage mystérieux qui donne à Harry Haller le petit livre au titre étrange : « Traité du loup des steppes – réservé aux insensés ».
D’ailleurs, c’est dans l’album « dernières balises avant mutation » que la comparaison avec le loup est quasi omniprésente :
Pour un coup de dent j’t’arrache les yeux
Wo ist das Blut, ich habe Durst ?
La vision de Thiéfaine à genoux, hurlant à la mort à la fin de ses concerts, a bien sûr conforté cette image…
Quel drôle de hasard, donc, que lorsque je suis rentrée de Paris, le 18/11, un bouquin m’attendait sur la table du salon. Un cadeau de Babe : la nouvelle traduction du « Steppenwolf »… Immédiatement, j’ai feuilleté fébrilement le livre, car depuis longtemps je me demandais ce que donnerait en français :
« Magisches Theater – nur für verrückte »
Théâtre magique, réservé aux insensés. Et d’ailleurs, ne sommes nous pas des insensés, nous qui allons de concert en concert, telle la caravane qui suit le cirque, et n’est-ce pas une fabuleuse pièce de théâtre magique que Hubert nous livre pendant deux heures et demie ?
Inutile de préciser que j’ai tout lâché pour relire ce livre, que je ne connaissais qu’en allemand. Le contexte s’y prêtait tellement bien : en manque aigu de sommeil, mon esprit était à même de formuler les associations d’idées les plus incongrues…
Je vous livre donc mes réflexions, au fil de la lecture !
Dans la préface, encore, Hermann Hesse parle de la mélancolie :
« La mélancolie de Haller, je le sais aujourd’hui, n’est pas une bizarrerie spécifique à sa personne ; elle est la maladie de notre temps lui-même, la névrose qui caractérise la génération dont Haller fait partie et qui, loin de toucher exclusivement les individus faibles et médiocres, semble atteindre précisément les être forts, doués d’un esprit et de talents supérieurs. »
En d’autres termes, la mélancolie d’Hubert n’est donc point scandaleuse, elle n’est que la manifestation-revers de son génie…
Comme Haller, les chansons de Thiéfaine montrent ce « cheminement animé par la volonté de passer par l’enfer, d’affronter le chaos, d’endurer le malheur jusqu’au bout », de « ronger le mal jusque dans ses recoins »…
Après la préface, l’auteur continue le récit à la première personne, de la manière d’un journal intime. Il évoque une journée tout à fait banale, sans événement marquant, l’une de ces journées comme il y en a tellement dans une vie humaine. Le genre de journée qui n’évoque rien, dont on ne se rappellera plus une fois qu’elle sera finie. Or, pour le personnage Harry Haller, le loup des steppes, ce genre de journées-là justement est insupportable :
« Malheureusement, je suis fait de telle sorte que j’éprouve beaucoup de difficultés à supporter ce genre précis de bonheur. Il m’inspire très vite une haine et un dégoût intolérables qui me poussent à chercher désespérément refuge dans les sentiments d’une autre intensité, dans les plaisirs ou, si nécessaire, dans les souffrances. Lorsque je n’ai plus ressenti ni joie ni douleur pendant un certain temps et que j’ai goûté à la médiocrité tiède et insipide de ces journées prétendument agréables, mon âme naïve est agitée par une souffrance et une détresse particulièrement violentes. Alors, je jette à la face béate de la divinité satisfaite et somnolente la vielle rouillée qui accompagne mon chant de grâce, préférant à cette température moyenne et saine la morsure d’une douleur intérieure cuisante, proprement infernale. Je sens brûler en moi un désir sauvage d’éprouver des sentiments intenses, des sensations ; une rage contre cette existence en demi-teinte, plate, uniforme et stérile ; une envie furieuse de détruire quelque chose, un grand magasin, par exemple, une cathédrale, ou moi-même ; une envie de commettre des actes absurdes et téméraires, d’arracher leur perruque à quelques idoles vénérées (…) de séduire une petite jeune fille ou de tordre le cou à quelque représentant de l’ordre bourgeois. Car rien ne m’inspire un sentiment plus vif de haine, d’horreur et d’exécration que ce contentement, cette bonne santé, ce bien-être, cet optimisme irréprochable du bourgeois, cette volonté de faire prospérer généreusement le médiocre, le normal, le passable. »
Chez Thiéfaine, cela donne :
On devrait s'amuser
A détraquer l'ennui
A tout mettre en danger
Devant notre folie
Liberté, liberté, li-ber-té
Ben ouais quoi...
« Première descente aux enfers par la face nord »
C’est ainsi que le loup des steppes, afin de « détraquer l’ennui » se met en route vers dehors, vers les bars animés, afin de s’enivrer, tout en évoquant son dernier moment de bonheur, de félicité suprême, et c’est sans aucune surprise que l’on apprend que c’est la musique qui lui a procuré cette sensation :
« C’était lors d’un concert (…) entre deux mesures jouées piano par les bois, la porte de l’au-delà s’était brusquement ouverte (…) j’avais souffert avec félicité. »
A mon humble avis, cette constante proximité de la douleur et de la joie s’exprime en effet le mieux à travers la musique. Aucun autre art n’est en mesure de stimuler autant les sens, de provoquer une telle félicité tout en pouvant rendre immensément triste. Voilà sans doute pourquoi je verse toujours tant de larmes durant les concerts…
J'ai appris à jouer la guitare
Avec la méthode Ogino,
Émerveillé par l'art pour l'art
Comme une poule devant un mégot.
J'étais déjà un petit barbare
Qui chantait pour sa libido
Thiéfaine « Psychanalise du singe »
Assez rapidement, Harry Haller/loup des steppes aborde sa non-conformité à ce monde, et utilise pour la première fois le terme de « folie ». Dans son auto-description, sa perception de l’art est intimement liée à la folie, à la mélancolie, à la petite-mort, dans le sens d’orgasme révélateur d’inspiration.
Le fou a chanté dix-sept fois
Puis il est mort de désespoir
Thiéfaine « le chant du fou »
Sur son chemin d’errance nocturne, le loup des steppes voit soudain un portail qu’il n’avait jamais remarqué auparavant. Au-dessus, une enseigne aux lettres dansantes :
« Théâtre magique – tout le monde n’est pas autorisé à entrer »
J’ouvre ici une petite parenthèse pour dire à quel point je trouve cette traduction décevante. Je recopie donc la version originale, en langue allemande :
« Magisches Theater – nicht für jedermann ! »
D’ailleurs, mon incapacité à trouver une meilleure traduction me conforte encore une fois dans ma conviction que l’allemand est une langue précise, rutilante, belle à crever… !
Cette enseigne enflamme bien sûr l’imagination, on imagine derrière la porte un cabaret Sainte Lilith, en tout cas un lieu de haute dépravation où, justement, tout le monde n’est pas autorisé à entrer. Et vous, que cela vous évoque-t-il ?
Evidemment, notre loup des steppes tentera d’entrer dans cet établissement mystérieux, mais son heure n’est pas encore venue… la poignée de la porte résiste, et il se voit contraint de poursuivre son chemin. Mais c’est à ce moment que d’autres lettres se mettent à clignoter, comme un message :
« Nur für verrückte ! » = « Réservé aux insensés »
Comme c’est étrange ! Harry Haller venait justement d’expliquer en quoi il faisait lui-même partie des insensés, des fous :
« Je suis dans l’erreur, je suis fou, je suis vraiment un loup des steppes ; un animal égaré dans un monde qui lui est étranger et incompréhensible. »
Et cette enseigne qui vient le contredire…
La suite dans les jours à venir, si vous le voulez bien…
00:20 Publié dans La prof se pâme devant Thiéfaine... | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note
mardi, 25 novembre 2003
Petite note pour Evadné, Katell, et tous ceux qui se sentiraient un peu cafardeux en ce soir de novembre post-hubert
Cette petite note, histoire de réparer un manque...
Après le commentaire d'Evadné sur mon blog, rapport à ce qu'elle pensait trouver une recette anti-déprime post-hubert, je me suis rendue compte que les messages de fragmentés tout chamboulés foisonnaient ci et là dans les forums.
J'ai vu des groupes grandioses en concert, des chanteurs fabuleux, et jamais aucun de ces concerts n'a provoqué ce sentiment de vide et de désespoir profond. Pourquoi?
Déjà, je crois que chacun d'entre nous investit énormément les textes et les musiques d'oncle Hubert. Sans généraliser, je crois qu'ils apportent une réponse individuelle à des malaises, des doutes que nous ressentons. Plus que d'autres, les chansons d'Hubert sont intimement liés à des périodes de vie, des états d'âme, qu'ils soient tristes ou heureux.
Ensuite, Evadné faisait la très juste comparaison avec la déprime post-partum, ou, plus communément, le baby-blues. C'est vrai qu'il ne doit pas y avoir de joie supérieure à celle de tenir dans ses bras un petit être, après des heures de souffrance (je n'ai pas encore eu la chance de vivre un tel moment).
Sans y connaître grand-chose au fonctionnement du cerveau humain, j'ai l'impression que dans ces moments d'euphorie immense, quelque chose dans notre corps doit se déregler, comme une espèce de thermomètre de l'humeur qui surchaufferait et qui exploserait. La réaction du corps humain, afin de rétablir l'équilibre, serait donc ce pic de déprime qu'on ressent après l'accouchement.
Peut-être peut-on transposer cette idée aux déprimes d'après-concert hubert-félixien ? Peut-être que je suis en train de raconter des grosses conneries???????????
Et la dernière question, donc : comment passer le cap en douceur, sans anti-dépresseurs ?
Mes propositions seraient :
- Ne pas trop chercher à lutter contre, accepter cet état. C'est comme un processus de deuil. Ce processus doit se faire naturellement. Ne pas avoir honte de pleurer un peu, de déprimer, de bouffer 3 tablettes de chocolat d'affilée, de rappeler son ex.........
- Profiter de ces instants pour écrire, peindre, composer..... les chants désespérés sont les plus beaux.
- Se promener vers 16 heures dans une forêt, ou un endroit ou l'automne a fait tomber beaucoup de feuilles. A cette heure-là, les couleurs sont magnifiques, et l'air frais est bon pour ventiler les idées noires!!!!
- Passer une soirée avec des amis très chers, ou la famille, en tout cas des gens compréhensifs qui ne se foutront pas de vous, et leur raconter en détails le concert.
- Redécouvrir d'autres chanteurs : par exemple, Higelin vient de sortir un album, ainsi que Brigitte Fontaine (excellent à la première écoute).
- Commencer à collectionner tout ce qui se ballade sur le web à propos du 17/11 : petites vidéos, photos, comptes-rendus etc.... afin d'en faire un chouette album souvenir.
- Venir sur les forums afin de constater qu'on est pas tout seul à cafarder...
Et vous ??? C'est quoi vos recettes ????
20:45 Publié dans La prof se pâme devant Thiéfaine... | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
vendredi, 21 novembre 2003
Comment climatiser la redescente
Quand j'ai vu Thiéfaine pour la première fois cet été à Malestroit, c'était l'euphorie totale. Un concert absolument fabuleux sans aucune fausse-note... Très vite, j'ai ressenti le besoin de REVOIR Hubert, très vite. Jamais je n'avais ressenti ça pour un autre artiste. Pourtant, j'en ai vu, des concerts...
Deux mois à l'avance, alors que j'étais à Valence, j'ai donc pris ma place pour le concert de Béthune, et plus la date fatidique approchait, plus je sentais monter l'excitation. Parallèlement, j'avais très envie, pour ce concert, d'être dans une ambiance cosmique bien spéciale. J'avais besoin de me vautrer dans les tréfonds les plus obscurs de mon inconscient. Chose faite... Et qu'en est-il resté ?
Etrangement, au lendemain de ce concert, j'avais un goût rance dans la bouche, une vague déprime comme celle que l'on ressent au lendemain d'une nuit de baise effrénée avec un inconnu. Alors qu'on a passé une nuit débridée, on se demande ce qu'on fait là. Tout est gris, insipide... J'avais essayé de retrouver quelque chose que j'avais déjà vécu, mais je ne l'ai pas trouvé. En même temps, c'était un bon concert...
Je me suis sentie comme une droguée qui cherche toujours et encore le flash du premier shoot, sans y parvenir. Aller chercher une place pour un concert de Thiéfaine, c'est comme aller chercher sa dose. C'est obéir à une espèce d'obsession compulsive qui ne nous lâche pas tant qu'on ne tient pas le précieux sésame entre les mains.
Est-ce pour cela que j'ai si longtemps hésité à chercher mon ticket pour le Zénith ? Si j'avais pu, je suis certaine que j'aurais aussi été à Troyes, à Orléans...
Vaguement honteuse, j'ai fait la queue à la fnac, entre les minettes qui veulent voir la star ac' et les rockeurs abonnés à Deep Purple... Et l'angoisse : si c'était complet ??? Plus je me rapprochais de la caisse, plus j'étais anxieuse... Mais je l'ai eue, ma place. Et mon train... J'aurais tout lâché pour aller à ce concert...
3 jours avant le concert, d'apparence plutôt zen, c'est mon corps qui réclamait la musique : j'avais, de plus en plus fort, une espèce de bruit dans l'oreille droite, comme un bruit de cassette qu'on rembobine. De même que mon esprit vagabondait vers des sombres salles remplies de monde, je me sentais déjà lever les bras en gueulant. A présent, le bruit a disparu...
Quant à la redescente, elle s'est faite en groupe. J'étais heureuse quand Tommie a dit qu'elle se sentait bien avec nous, qu'elle ne ressentait pas le cafard habituel post-concert hubert-félixien. Car c'était exactement ce que je ressentais aussi. Et si nous retardions autant le moment de nous séparer, c'était aussi parce que nous savions que cette déprime, elle allait nous tomber dessus inmanquablement.
D'autant plus que là, il faudra se faire à l'idée qu'il n'y a plus d'autre dead-line. La tournée est bel et bien terminée... Plus de compte à rebours... Quand reverrons nous Hubert sur scène, qui le sait ? Le reverrons-nous ? Tout au long de la soirée, les spéculations à ce sujet allaient de bon train (je n'oublie pas notre pari, Arnaud!!!!). 2008, Hubert ?
En attendant, il faudra reprendre une vie "normale". J'espère que les forums continueront à vivre. En tout cas, moi, je continuerai d'écouter Thiéfaine, et je suis déjà très impatiente d'écouter son prochain chef-d'oeuvre...
23:15 Publié dans La prof se pâme devant Thiéfaine... | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
Quand "planète Thiéfaine", "Fragments d'Hubert" et le site officiel se retrouvent pour une nuit de folie...
"Aaaaah déliiiire, c'est TOI, Evadné!!!!"
"Et là-bas, c'est qui???"
"Je te présente Soph' et Brigitte, alias Félicie!!"
"Ptain, Profallemand, c'esst toi??? Je vais sur ton blog tous les jours !"
"Et moi sur le tien!!!"
"T'as vu mon post sur trucmuche ?"
"Ouais ben je t'ai répondu..."
"Mortel, le concert !"
"Tu crois qu'il y aura un DVD ?"
"Pour sûr, j'ai compté 10 caméras"
"Et le Doc, il est où?"
"Alleeeez encore une petite photo, et tous à l'Horloge!"
Voilà, en substance, ce qu'on pouvait entendre à la sortie du concert, alors que les gars de la sécurité nous poussaient lentement mais sûrement vers la sortie du Zenith.
Puis, nous avons marché sous la pluie, longtemps, car il fallait souvent s'arrêter pour discuter plus intensément. Nous sommes arrivés au bar de l'Horloge, où une salle avait spécialement été réservée pour nous. Là, nous avons fait connaissance plus amplement, certains ont pu déguster une petite choucroute ;))) et, de manière générale, on a descendu quelques verres... Petit à petit, les conversations se sont fait plus intimes, à tel point que lorsque le patron est venu annoncer la fermeture du troquet, personne n'avait envie d'en rester là.
Il fut donc décidé à l'unanimité de poursuivre l'aventure dans un petit pub un peu plus loin. Trop gentils, tous se sont mis en quatre pour caser la foule que nous étions dans une toute petite salle, amener des chaises, se rapprocher de plus en plus, amener une gamelle d'eau pour l'adorable toutou de Tommie qui était aussi de la partie, remonter une grosse réserve de bière pour les français, et une bouteille de bon vieux rouge pour la seule allemande...moi!!!!
Et voilà, la nuit s'est poursuivie, entre discussions enflammées, fous-rires, points communs, constats de vie. Certains sont partis, d'autres sont restés. Que de gens adorables, ouverts... et cette impression de se connaître tous depuis l'éternité... De temps en temps, on entendait :
"Aahhh, c'qu'on est bien ensembles..."
Enfin, il ne restait qu'un petit groupe : Tommie, le chien, Liz, Renaud-le-renard, Titou et moi. Et toujours pas envie de se séparer...
Alors, nous avons avisé une brasserie, où une dame encore ensommeillée remontait péniblement les rideaux. Il était 7h00 du matin... On entre pour un petit café matinal, mais ça a vite dégénéré : steack-frites pour Tommie et tajine-mouton pour Titou et Liz. Renaud et moi avons fait plus classique : café-croissant ! Après encore de longues discussions plus intimistes et un dernier échange de mails, c'est moi qui suis partie, pour rejoindre mon frérot, avec une sensation de bonheur comme je n'en avais pas connu depuis longtemps. Le cafard, ce sera pour plus tard...
22:55 Publié dans La prof se pâme devant Thiéfaine... | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Eros Hubert alles
J'ai préféré attendre un peu avant d'écrire mon "compte-rendu" de concert, car bien d'autres l'ont fait beaucoup mieux que je ne l'aurais fait, et de toute manière, je ne souhaitais pas écrire dans l'affect, sous le coup de l'émotion intense qui m'a assailli, comme bien d'autres, au retour de cette nuit grandiose...
Pardon pour l'attente...
Nous voilà de nouveau branchés sur le hasard
Avec des générateurs diesel à la place du cœur
Et des pompes refoulantes au niveau des idées...
Rien n'était laissé au hasard hier soir dans la salle comble, mais pas trop, du Zenith de Paris. Les arrangements toujours sublimes, un bassiste très efficace, un guitariste déchaîné un peu too much, et les autres musiciens bien "rôdés" comme on dit toujours. Les caméras fantômes laissant présager un DVD souvenir pour les aficionados du "suicide mélancolique tour". Des guest-stars plus ou moins mystérieuses afin de donner à manger à tous ceux qui venaient de la France entière écouter leur 10-24-78ème concert de l'artiste.
Et, last but not least, un Hubert très décadent-lascif-érotique. Il aurait pu être encore plus de tout cela, d'ailleurs, cela n'aurait point déplu à la première rangée de public presque exclusivement féminine qui rivalisait à coup de décolletés prometteurs, d'oeillades aguichantes et de grands signes dégingandés (moi...), espérant ainsi croiser une fraction de seconde le regard poignard de Hubert.
Mais ne soyons pas tâtillons, il était déjà si presque-parfait, hier soir, hormis cette histoire de bipède à station verticale, que Hubert est, depuis quelques concerts, toujours très pressé de terminer. Ce n'était pas aussi flagrant qu'à Béthune, où le TGV-HFT galoppait à bien 4 mesures d'avance sur ses musiciens, mais il y a eu tout de même quelques regards en biais sur le fameux prompteur qui fait maintenant partie des meubles. Personnellement, je ne m'attarderai pas trop sur ces quelques oublis de texte, puisque je m'en fous éperduement.
En tout cas, à défaut de bipède, c'est la personnalité de loup des steppes que Hubert a revêtu, appelant sa louve à l'aide et au pardon, à coup de cris lancinants, à genoux sur la scène. Mais voilà que je me projette déjà à la fin du concert...
Dans l'ordre, donc... j'ai retrouvé Tommie et Renaud-le-renard au DEBUT de la queue, et grâce à eux, j'ai eu une place DEVANT, mais alors plus DEVANT c'était plus possible. YESSSSSS!!!! Merci Tommie...!
Ensuite, je me suis rendue compte que j'étais juste à côté d'Evadné, qui elle-même se trouvé à côté de Soph' et Félicie. Plus tous les autres "fragmentés", "planètiens" et "site-officielleux" que je ne connaisaiss pas encore. Quant à Katell et Sam, ils se débattaient encore dans les bouchons parisiens, et je surveillais mes sms, un peu inquiète....
Quel plaisir de mettre des visages sur les pseudos avec lesquels on a passé les derniers jours d'attente fiévreuse à coup de messages plein d'espoirs... Puis, une grande (très grande) blonde très euh.... parisienne est arrivée et voulait ma place au premier rang pour parler à quelqu'un. Après un petit moment de suspicion, il s'est avéré qu'elle était journaliste, qu'elle préparait un dossier sur notre protégé, et qu'elle était, ma foi, plutôt sympathique. Elle a donc eu le droit de rester DERRIERE moi pendant TOUT le concert ! Elle a définitivement gagné mon estime lorsque je l'ai entendue chanter PAR COEUR toutes les chansons ! Une fille bien, je vous dit !
D'ailleurs, à force de papoter avec tout ce beau monde, j'ai failli rater l'entrée de Hubert, moi!!!! Mais la clameur exaltée qui s'est subitement élevée dans la salle m'a rappelé que ça y est : ROCK'N'ROLL!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Le bal s'est ouvert sur un "Cabaret Sainte Lilith" magnifiquement interprété, sous les clameurs d'un public de connaisseurs voué tout entier à la cause HFT.
A la fin du morceau, Hubert a lancé quelques signes "en guise de discours de bienvenue", et tandis que je gesticulais dans tous les sens... c'est arrivé ! Yes, mes zamis, Hubert a planté SES yeux dans MES yeux, et s'est légèrement incliné vers MOI, très gentlemanlike.... Harrrrrr... on peut bien être un peu groupie, non??
Bon, je ne vais pas citer TOUTES les chansons, encore une fois, y'en a qui sont bien plus doués que moi pour ça... Juste dire que j'étais heureuse de voir la ptite bouille de Lucas sur "Confessions d'un never-been", hystérique sur "Mathématiques souterraines", tourneboulée et chamboulée sur "L'étranger dans la glace". Ah, le choeur géant du public zénithien reprenant le refrain... Que de frissons... Un peu blasée sur "La fille du coupeur de joints", mais bon, Tryo et Didier Wampas, c'était une bonne surprise, même si j'avais secrètement rêvé d'une apparition impromptue des anciens de Machin.
Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et voilà, à un moment, les lumières se sont rallumées, la foule s'est dispersée, et il ne restait que ci et là quelques âmes hagardes qui se demandaient ce qui leur arrivait. Personnellement, j'ai réussi à gérer mon émotion, jusqu'à entrevoir Katell qui, à quelques mètres de moi, pleurait à chaudes larmes dans les bras de son Sam. A ce moment là, je dois avouer que j'ai un peu craqué aussi...
Cela dit, la morosité ambiante a vite cédé la place à la joie, car la nuit ne faisait que commencer, et il se murmurait dans les cercles autorisés que nous, les fidèles des forums, allions nous retrouver un peu plus loin, au bar de l'horloge...
Que la fête continue...!
22:35 Publié dans La prof se pâme devant Thiéfaine... | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
jeudi, 06 novembre 2003
ma nuit avec hubert-félix thiéfaine
De retour de vacances, faut que je vous raconte ce rêve étrange que j'ai fait, alors que je dormais dans un hôtel au bord du Rhin avec ma mère, juste à côté du rocher de la Loreley...(étrange présage?)
Je dormais, donc, vaguement nauséeuse après un dîner quelque peu copieux et arrosé, lorsque soudain, je me suis retrouvée à la maison avec Babe. Nous étions devant la télé, Babe zappait mollement d'une chaîne à une autre, quand soudain, je le vois, LUI, sur le petit écran. Une scène, des musiciens, du public, la fête. Il chantait Cabaret Sainte Lilith. Je crois que c'était une toute petite salle. Et il fallait que j'y aille, là, tout de suite. En moins d'une seconde, je me suis téléportée jusqu'à l'endroit.
Ambiance étrange. Les musiciens avaient déserté, la salle était quasiment vide, mis à part quelques groupies qui photographiaient un Hubert-Félix complètement défoncé qui se trémoussait au milieu des sièges vides. Alors, il est venu vers moi, et il m'a dit : "Tu prends une photo avec Emilie?" en me tendant un jetable.
Qui est Emilie? Allez savoir... En arrière-plan, des vieux attendaient sagement que le concert reprenne. "Si tu veux, prends ma gratte." qu'il dit, Monsieur Thiéfaine. "Je sais pas jouer..., mais je veux bien faire la teuf avec toi." Alors, y'a eu une espèce de musique bizarre, à mis chemin entre Traffic et Pink Floyd, Hubert se tortillait devant moi, il avait l'air méga excité. Et moi, j'avais la même sensation qu'en remontant des WCs du théâtre de Béthune. Je lui ai demandé s'il allait finir le concert. Il m'a répondu d'un rire caverneux, le regard scintillant. Les groupies sont montées sur scène en hurlant, en faisant un show pas possible, et Hubert les applaudissait en crachant par terre. Un sentiment de dégoût flottait dans la salle, et les vieux, impassibles, attendaient leur tour de chant. Puis, il a fait noir, y'avait plus personne. J'avais sa tête sur les genoux, et j'entendais des sanglots qui ressemblaient plus à des gargouillis, comme quelqu'un qui crache son dernier sang après s'être pris un couteau dans le bide. J'ai posé une main sur ses cheveux dégoulinants, et je me suis réveillée...
Le 16 octobre 2006, à 17h10, alors que j'étais au volant de ma Golf 2 immatriculée dans le Nord, un gendarme consciencieux à mis fin à jamais à mon espoir d'assister au dernier concert de la tournée au Zénith. Mes sous n'iront pas à Lucas ni Hugo, mais dans les caisses du trésor public...
22:55 Publié dans La prof se pâme devant Thiéfaine... | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
jeudi, 09 octobre 2003
Ambiance Loreleï
Ich weiss nicht, was soll es bedeuten, dass ich so traurig bin
Ein Lied aus früheren Zeiten, das will mir nicht aus dem Sinn...
Loreleï, surtout ne me lâche pas, j'ai mon train qui déraille, et j'ai traîné mon ennui toute l'après-midi, après des périodes euphoriques, avant de surmonter encore un autre gouffre de déprime intense. Pourquoi suis-je si triste ce soir ? Pourquoi suis-je si vide ? Pourquoi ai-je tant d'amis si chers, si fidèles, moi qui suis souvent si méchante et exécrable ? Pourquoi ne puis-je pas retourner dans le ventre de ma mère, afin de revivre les journées insouciantes de l'enfance ? Pourquoi ai-je cette sensation que tout est vain, quel est ce désespoir profond qui me retourne les entrailles? Pourquoi serai-je euphorique demain ? Pourquoi, quand le sommeil m'emporte, c'est la délivrance ? Ou est celle que j'étais il y a si longtemps, était-ce un monde parallèle ? Inexistant ? Quelle est cette âme qui a pris possession de mon corps ? De quel droit y'a-t-il des malheureux, des oubliés, alors que je vogue, hilare et hilarante, dans les sphères futiles de la branchitude citadine ? Pourquoi faut-il lutter sans cesse pour ne pas passer de l'autre côté de la barrière, la folie... Surtout ne pas montrer que peut-être je suis folle, car les fous, on les interne. Quelle lourde charge que celle de la conscience élargie... Car n'est-ce pas seulement cela, la folie ?
"Folie" en allemand, ça signifie : film, emballage... mais la folie, n'est-ce pas la conscience libérée de l'emballage de la bienséance sociale??? Pourquoi doit-on dompter ses démons ?
Ou bien, si la folie est l'emballage, que reste-t-il lorsqu'on le retire afin de correspondre au cahier des charges de la société? Que découvre-ton en dessous ? De la chair flasque, rance et périmée, dénuée de toute créativité... Pourquoi faut-il souffrir pour créer ? Pourquoi la beauté est-elle si amère ?
Votre session va bientôt expirer. Hautetfort vous conseille d'enregistrer votre note.........
23:30 Publié dans La prof se pâme devant Thiéfaine... | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
j'me sens...coupable
Je me sens coupable de n'avoir posté tout de suite en rentrant de Béthune, alors que des milliers de lecteurs impatients, trépignants et avides attendent le récit de ce concert exceptionnel...
Je me sens coupable comme au lendemain d'une orgie, lorsqu'on se réveille nauséeuse à côté d'un parfait inconnu, et qu'on se demande ce qu'on a bien pu faire avec lui toute la nuit...
Je me sens coupable d'avoir laissé s'exprimer mes plus sombres instincts destructeurs, afin de rejoindre Hubert dans des sphères stratosphères imaginaires, et d'en ressentir aujourd'hui un mal de tête persistant...
Et je me sens aussi coupable du temps qui file si vite que je n'ai pu passer plus de temps avec deux personnes hautement gentilles et intéressantes que sont Le Doc et Katell du Cabaret Sainte Lilith...
Je me sens coupable de n'avoir forcé les barrières du destin afin de dire à Hubert-Félix à quel point je l'aime, je l'admire, je l'adore, quand bien même il s'arrêterait en plein concert après le premier morceau pour tirer sa révérence...
De même que j'me sens coupable de trouver très cool et sexy ses effondrements, ses bafouillements, ses hésitations, ses inversions, ses trous de mémoire, car les chants desespérés sont les plus beaux, pas vrai ?
Je me sens coupable d'avoir délaissé sa musique pendant les années fastes ou l'alcool et les paradis verts s'éloignaient sur le chemin de sa sagesse résignée, puisque bien souvent la sobriété et le rock'n'roll ne font pas bon ménage...
Je me sens coupable d'être chaque fois hypnotisée par ce regard acéré et brillant, qui vient se planter dans l'iris de chacun dans le public, et je me sens aussi coupable que ces flèches n'aient pu libérer les larmes emprisonnées derrière mes pupilles, et qui ne demandaient qu'à couler...
Et j'me sens aussi coupable, en écoutant ces albums délaissés, de découvrir parmi eux des perles insoupçonnées, alors que des milliers de fans ont continué à l'écouter chaque jour de leur vie, pendant que moi, je peaufinais ma culture musicale à Canterbury...
J'me sens aussi coupable de n'avoir pris le train pour Nancy, il y a quelques mois, afin d'y entendre la synfolknie, la cancoillotte, et Margot ma douce amie...
Enfin, je me sens coupable d'avoir aimé autant ce concert, parce que, putain, quel concert, quel guitariste qui déchire, et la ligne de basse sur "Alligator 427", bordel, c'est vrai qu'ils méritent tous autant d'applaudissements!!!
Je me sens coupable aussi, car je sais que Hubert et ses vieux démons feront bientôt un album comme je les aime, et que j'irai me vautrer dans la fange avec lui, afin de ne jamais oublier cette partie sombre et obscure tapie au fond de moi...
Vous trouverez ici quelques photos que Katell a prises à la sueur de son front, sous l'oeil goguenard du vigile qui veillait à ce qu'on ne viole point les droits de l'image. Saluons son héroïsme, et signalons au passage que les téléphones-portables-qui-font-des-photos échappent visiblement aux foudres de la sécurité...
12:40 Publié dans La prof se pâme devant Thiéfaine... | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note



