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dimanche, 04 mai 2008
La VRAIE prof d'allemand
Etrange comme chaque corps professoral a son archétype. Par exemple, le prof d'histoire au look "lutte finale" et veste Camif. La prof de dessin au look choucroute-René Derhy. Le prof de maths look théorème-Zadigue (sans Voltaire...!).
Voilà pourquoi j'étais si vexée lorsqu'hier, lors d'une pause-clope devant mon bistrot préféré, le jeune homme charmant qui tentait d'engager la conversation a lâché :
"Toi, je suis sûr que tu es prof de langues".
Bon, à ma décharge, je lui avais dit que j'étais prof. Faut pas déconner non plus.
Prof de langues, donc. J'ai une tête de prof de langues.
Après, avec la tête que j'ai, il lui a été facile de deviner que je ne suis PAS prof d'espagnol.
Je suis rentrée chez moi en ruminant, car l'étiquette "prof d'allemand", ben c'est lourd à porter.
La vraie prof d'allemand est une femme, c'est statistiquement prouvé. Cela dit, regardez bien le collègue mâle cinquantenaire qui fait la tête dans un coin de la salle des profs, il y a de fortes chances pour que ce soit un collègue d'allemand.
La vraiE prof d'allemand, donc, a entre 30 et 40 ans. Son métier est tout pour elle, ainsi, bien souvent, elle est célibataire. Célibataire en phase d'acceptation du fait que non, elle n'enfantera jamais. Parfois, on en trouve qui sont mariés et à la tête d'une heureuse tribu, mais dans ce cas, ladite tribu va devoir faire des concessions. Car pour la vraie prof d'allemand, quoiqu'il arrive, le métier est tout pour elle.
Côté look, il y a deux écoles. D'un côté la prof d'allemand tellement débordée qu'elle n'a plus le temps de pratiquer ni shampooing, ni séance d'épilation, et dont la penderie a cessé d'évoluer au milieu des années 90. De l'autre côté, l'extrême inverse, coquetterie et petits créateurs pas chers, mèches tricolores et maquillage rutilant. D'un côté, la souris grise, de l'autre, le perroquet flamboyant.
Bien souvent minée par des années de TZRiat, lorsqu'elle a un poste fixe, la prof d'allemand s'accroche à lui comme une moule au rocher. Pour sauver son précieux poste des tempêtes de cartes scolaires, elle mène son radeau avec la fougue du pirate, contre vents et marées. Elle promène son bâton de pèlerin dans les classes innocentes de non-germanistes afin de rassembler les foules derrière elle dans un enthousiasme débridé. Elle est fière d'envoyer chaque année ses statistiques à l'inspecteur : Cette année, j'ai ramené 5 6ème LV1!!!
La vraie prof d'allemand est d'ailleurs un peu amoureuse de son inspecteur. Lorsqu'elle a la chance de le voir en réunion, elle glousse comme une ado à toutes les blagounettes du monsieur, et elle se donne corps et âme afin d'honorer toutes les corvées que le monsieur daignera lui confier, rapport à son grand dévouement, ses compétences et son dynamisme. Corrections, commissions, groupes de réflexion, missions, formations... L'I.P.R. est tout pour elle. Un peu son père, un peu son amant, un peu le prof qu'elle rêvait de se faire quand elle était elle-même élève. Le fantasme du vénéré prof d'allemand enfin a portée de main...
Au niveau pédagogie, on ne peut rien lui reprocher. Elle est tellement angoissée à l'idée de rater une salve de nouvelles idées de l'inspection, qu'elle a mis le site académique d'allemand en flux RSS sur sa page Netvibes. Elle est au courant du nouveau film allemand avant que le tournage débute. Lorsque ledit film sort enfin dans une obscure salle de ciné art et essai, elle a déjà didactisé l'ensemble des scènes. A l'heure qu'il est, elle est en conflit avec le Proviseur, afin d'obtenir une rallonge de sous pour emmener ses élèves voir le chef-d'oeuvre, et puis surtout, leur faire subir ledit appareil pédagogique.
De plus, elle trouve le temps de lire TOUT ce qui doit avoir été lu en littérature allemande, ce qui fait qu'elle a toujours des textes très novateurs à proposer. Pour elle, Tokyo Hotel est déjà ringard, elle, elle fait écouter les Killerpilze à ses élèves.
Malgré tout cela, comment dire, la ringardise ne l'a pas épargné. Comme si être prof d'allemand, c'est être inévitablement has-been. Peut-être est-ce à force d'entendre les collègues clamer avec compassion que, de toute façon, l'allemand, c'est mort... Il flotte autour de la vraie prof d'allemand comme une odeur de charogne.
D'ailleurs, après des années de sacrifices, de veille technologique pour être à la pointe de la pédagogie, de renoncement à toute vie privée et d'admiration sans bornes vouée au corps d'inspecteurs et puis surtout, de guerre lasse afin de sauver le radeau qui coule, le couperet tombe :
Carte scolaire. Poste supprimé. Prof à la rue, TZR, quel mot honteux... moi qui ai été au jury au BTS, aimée et admirée par mes élèves. TZR. Reléguée au CDI.
Alors, c'est la dégringolade. Le perroquet flamboyant laisse ses plumes, une à une, pour errer de bahut en bahut, en pigeon gris et terne. Arrive enfin un jour ou la déchéance devient si visible que le rectorat en oublie d'utiliser ce prof, même lorsqu'il y a pénurie de remplaçants.
Pendant ce temps, non loin de là, un groupe d'étudiants joyeux, enthousiastes et prêts à tout chambouler, passe le Capes et se réjouit déjà à l'idée de faire le ménage dans ce tas poussiéreux de vieux profs has-been.
Laissons-leur encore un peu leurs illusions.
13:16 Publié dans Dissection du corps professoral | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : prof d'allemand, camif




Commentaires
"moi qui ai été au jury au BTS, aimée et admirée par mes élèves. TZR. Reléguée au CDI" : toujours sympa, la vision du CDI comme archétype de la décadence professorale... 20 ans après la création du Capes, ça fait plaisir de constater que les mentalités évoluent dans le bon sens... Ceci dit, je suis membre du jury du capes externe de doc et j'ai constaté que, depuis quelques années, il y a de plus en plus de vacataires d'allemand qui se présentent à ce concours. Preuve que le CDI n'est pas vu comme une poubelle par tous????
Ecrit par : documentaliste agacée | lundi, 05 mai 2008
Attention, ne vous méprenez pas... Je suis moi-même énervée contre les profs d'allemand qui considèrent le fait de bosser au CDI comme une sous-corvée. Ces profs ont l'air d'oublier que les documentalistes passent aussi un Capes.
Lorsque je dis "reléguée au CDI" c'était pour pasticher ces collègues.
J'aurais du, il est vrai, exprimer plus clairement ma pensée. Je m'excuse auprès de vous. Moi-même, je passe pas mal de temps au CDI de mon lycée, et j'apprécie bcp plus que les pseudo ateliers de travail personnalisé. Non, le CDI n'est pas une poubelle! Voilà, j'espère avoir dissipé le malentendu!
Ecrit par : mwa@documentaliste agacee | lundi, 05 mai 2008
En tout cas le perroquet a une bien jolie plume !!!
Reléguée au CDI, ça m'a fait poiler parce que c'est tout à fait ça.
Y'a des bouquins sur l'humour au CDI ???
Ecrit par : charly | lundi, 05 mai 2008
Punaise!!! décidément, c'est mon adresse mail qui s'est affichée à la place de mon prénom!! je fais donc un copier-coller de mon com précédent et te demande STP d'effacer mes coms numéros 1 et 3. On sent bien la pro de la communication, non?? On se demande bien en voyant ça à quoi sert notre capes, franchement...
"Oui, malentendu totalement dissipé, merci pour la précision. J'ai réagi un peu chaudement, mais c'est vrai qu'on en a marre d'être déconsidéré(e)s de manière si récurrente. Le perroquet est ravi... mais préférerait que son premier com soit effacé, rapport au prénom + jury de capes... Pas de parano, mais on ne sait jamais... Quant à Charly, ben... non, même pas de réponse. Mépris... IL est bien connu que les docs sont tristes et méprisantes..."
Ecrit par : documentaliste moins agacee | mardi, 06 mai 2008
@charly : bof, moi je fais plutôt partie de la catégorie 1, celle qui zappe la session épilation histoire de faire honneur aux clichés allemands. et ma plume en ce moment est plutôt, grise, quoique acérée à la pointe...
@la documentaliste moins énervée j'espère : ça va comme ça?
Ecrit par : mwa@charly&la docdoc | mercredi, 07 mai 2008
Bon, en même temps, quand on te rencontre,
on a du mal à t'imaginer en prof d'italien.
Non ?
Et moi, j'étais prof d'arts plastiques. (oui, parce qu'on ne dit pas prof de dessin, quand même, merde quoi.).
Et y a un pop-up pourri de la Redoute qui s'ouvre quand on arrive chez toi, un truc de malade mental qui demande si on est sûr qu'on veut pas le lire.
T'es au courant ???? :-))))))
Ecrit par : Dom | mercredi, 07 mai 2008
Oooh pardon, oui c'est vrai, on dit "arts plastiques" comme on dit "éducation physique et sportive" et pas vulgairement "sport"...
Pour le pop-up pourri, oui c'est chiant... soit c'est la Redoute, soit (encore pire) c'est la Camif... Le gag...un blog de prof avec un pop-up Camif hahaha!!! mais il me semble que tu m'avais dit qu'il suffit de virer le compteur...
Je vais m'occuper de ça à l'occasion...
Bizouilles à ma ménagère préférée!
Ecrit par : mwa@dom | mercredi, 07 mai 2008
Nickel!! Merci!!
Ecrit par : documentaliste zen | lundi, 12 mai 2008
Alors ce billet me fait vraiment déprimer... (mais ça n'est pas de ta faute, juste celle de la conjoncture)
Je me présente, je suis étudiant en Master1 d'allemand, parallèlement assistant de français en Allemagne.
J'ai toujours voulu devenir prof, suis enthousiaste et prêt à tout chambouler aussi.. oui oui ... tout pareil que dans ce que tu décris.
Voyant la situation de l'allemand et celle des profs d'allemand ça me fait vraiment rager.
Que faire? CAPES malgré tout? Agrégation?
Malheureusement il m'est impossible de devenir prof en Allemagne sans devoir repasser par la case 'Uni' afin de développer une 2nde matière à enseigner.
Fort du constat que tu dresses sur ta propre situation et celle de l'apprentissage de l'allemand par la même occasion,
qu'est-ce que tu conseillerais aux germanistes dans le doute (comme moi) qui aimeraient t'emboiter le pas et devenir prof?
PS: Bravo pour ton blog, suis fan. Ton style est vraiment sympa à lire.
Ecrit par : Niko | mardi, 13 mai 2008
ah ben oui mais enfin, faut être un peu tordu pour devenir prof d'allemand, autant au moins que pour être prof d'éco-gestion... XD
Ecrit par : Peewee Peeper | jeudi, 15 mai 2008
même constat pour moi qui enseigne depuis 7 ans...
il ne me reste d'ailleurs plus qu'une semaine de cours car j'ai décidé d'abandonner l'enseignement
je ne supporte plus tous ces clichés sur l'éducation nationale !
Ecrit par : fred | dimanche, 22 juin 2008
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