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lundi, 28 avril 2008
Les profs sont grassement payés...
...ça, tout le monde le sait. MEME pendant les vacances. Les profs font des voyages scolaires, loin, au frais de Princesse Contribuable. Les profs sont payés pour être assis pendant une heure sur une chaise à surveiller des gamins qui travaillent gentiment. Mais surtout, les profs ont un salaire de ouf.
Jeudi matin. Quai de gare. Comme toujours depuis 4 ans, je glisse ma CB dans la fente du distributeur de la SNCF. On peut dire que depuis que je suis prof, je participe largement à leur CA. C'est bien, comme ça l'argent de l'état retourne aux caisses de l'état. Quand j'étais au collège, on avait un prof de physique qui parlait toujours du système de "vases communicants". Cette expression me faisait rire, sans que je la comprenne réellement. Là, je sais.
Au bout d'une minute à mouliner, la machine rend son verdict irrévocable : "paiement refusé".
Je dois aller à Bled-paumé-du-62, 2 heures de train aller, deux heures retour, pour surveiller pendant deux heures des gamins qui font leurs devoirs. Je suis sensée les aider s'ils ont besoin de moi. Ce que je fais avec plaisir. En chaque début d'heure, je leur rappelle pourquoi je suis là. Certains doivent d'ailleurs se le demander, à force de me voir partir, revenir, partir encore... Je leur propose donc mon aide en allemand, of course, en anglais et en espagnol, et français. Mais ils ont DS de maths le lendemain. Moi, j'avais 3/20 en maths... Sans parler de la physique... Bref, le devoir m'attend. Car il est bien entendu inacceptable que je sois payée à ne rien faire. Alors, durant les périodes où j'attends qu'un collègue se casse une jambe au ski, devienne dépressif ou tout simplement accompagne un de ces voyages en Grèce ou en Italie, je dois justifier d'une "utilisation" judicieuse de ma personne dans mon bahut de rattachement.
Surveillances, soutien, aide au CDI. Tout ce qui peut rester en plan sans problème desfois que je serais appelée à remplacer (pardon, je vais acheter un Bescherelle...) et puis surtout, SURTOUT, il ne faut pas que ces activités qui sont les miennes demandent un changement d'emploi du temps pour qui que ce soit, lors de mes absences. En clair, inutile de monter des projets trop intéressants. De toute manière, des projets avec qui ? Je suis prof d'allemand, avec l'énorme handicap d'être germanophone. D'avoir quelques missions intéressantes confiées par l'inspecteur. Et puis je ne suis pas tout le temps là, je fréquente les collèges alentours, et suis donc en contact avec les collègues qui y enseignent. Autant dire qu'il faut se méfier de moi...
Dans ce bahut, il y a quelques personnes vraiment bien. A commencer par notre Proviseur.
Celui-là, on peut dire que je lui donne du fil à retordre. J'en suis désolée. Lorsque je pousse la porte du secrétariat, et que, du fond de son bureau, il m'aperçoit, je vois sa figure s'allonger. Car combien de fois il a voulu embellir mon quotidien en me confiant des classes de soutien, des accompagnements... Ces tâches demandaient alors une organisation monstre. Etablir des listes d'élèves en concertation avec les collègues, trouver des salles dispo, prévenir les CPE, les surveillants, les familles qui... bien souvent... oubliaient de prévenir... les élèves!!!
Car c'est systématique, les élèves ne sont JAMAIS au courant qu'un soutien à été mis en place pour eux, et cela même s'ils attendent à dix devant notre salle. Cela dit, je ne peux faire autrement que comprendre. Si l'on m'avait demandé d'assister à une heure de soutien à 15 heures, alors que mes cours s'achèvent à midi, j'aurais certainement eu la même absence d'esprit...
Ensuite, lorsque mon emploi du temps a été laborieusement organisé, hop, un coup de fil du rectorat : nous avons besoin de JPADPS au collège Hubert-Felix-Thiéfaine à Presque-Picardie. A partir de demain. Pas le temps de prévenir CPE/surveillants/élèves, lorsqu'ils se rendent compte de mon absence, je suis déjà revenue de mon remplacement express.
Ma vie de TZR est tout à fait palpitante.
Notre proviseur, donc, dont j'apprécie énormément le travail, malgré les prises de bec fréquentes qui nous ont opposé (ah, le bescherelle!) ces derniers temps. Je crois qu'il a l'intelligence de comprendre qu'elles sont dues à ma rage d'impuissance.
Mais revenons à nos moutons.
Je suis donc devant cette foutue machine, et il me reste 4 minutes chrono pour rejoindre le quai 0 (!!!) et monter dans la vieille micheline aux sièges en skaï éventré, avec la certitude inéluctable de me prendre un PV pour défaut de titre de transport. Et comme le contrôleur est planqué dans un wagon de service inaccessible, je ne pourrai pas négocier mon cas.
"Mesdames et messieurs, bienvenue à bord du train TER à destination d'Etaples-Le Touquet. Ce train desservira les gares de ... (longue litanie). Arrivée prévue à Etaples-Le Touquet à 9h30. Les voyageurs sans titre de transport sont priés de se présenter au contrôleur avant le passage de contrôle.
Et merde.
Un abonnement de travail pour la semaine : 30 euros.
Paiement refusé.
Mon PV : 62 euros.
L'aller.
Je crois que je vais organiser un Petrathon, ou me trouver des sponsors. Je veux bien, par exemple, faire cours avec un t-shirt sur lequel il est marqué "Zadig&Voltaire". Ou "Maje". Ou "BeYouK"...
A vôt' bon coeur...
01:42 Publié dans Dissection du corps professoral | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : salaire des profs




Commentaires
C'est dans la rage que la plume se fait la plus aiguisée. Ce n'est pas pour me déplaire.
Puisse-je apporter un peu d'eau à ce moulin de l'ineptie de la condition de TZR?
Vendredi matin. J'effectue mes quelques heures de CDI dans mon établissement de rattachement. Il se trouve que cette tâche ne me déplaît pas. Pour deux raisons. Un, cet établissement est celui où j'ai enseigné avec une joie immense toute l'année passée. Mes collègues y sont une fontaine où j'y puise un incontestable réconfort. Deux, j'aime les livres & au final libraire aurait vraiment pu être mon job pour toute la vie.
Dans mon casier, un petit mot. Passez au secrétariat SVP. J'y go d'un pas étonné (une mission de plus?... je suis déjà sur trois établissement... un problème avec mes voeux - inaccessibles - de mutation??). Mon poste de TZR est flingué dans la foulée de la fusion de la zone de remplacement de Roubaix-Tourcoing avec celle de Lille. Cerise sur le Strudle, cette fusion est considérée comme une mesure de carte scolaire... sans bonification! J'adore quand l'Etat change ainsi ses propres règles. On se croirait presqu'à la Star Ac'.
Engagez-vous qu'ils disaient...
Ecrit par : Ghislain | lundi, 28 avril 2008
Ben voyons... es-tu au moins sûr de rester sur cette nouvelle zone?
Ecrit par : mwa | mardi, 29 avril 2008
Je n'arrive pas à traduire TZR, désolée pour mon ignorance...Seulement, je vous rejoins sur le fait que ce chapelet de clichés qui entoure notre métier (bien payé, feignasse, etc.) est encore plus dur à porter que nos responsabilités ...Effectivement, la magnifique géométrie des rouages de l'administration me laisse toujours pantoise, les réformes qui réforment les réformes s'empilent de jour en jour. Enfin, bref...
Ecrit par : tunis | jeudi, 01 mai 2008
@tunis : TZR=titulaire en zone de remplacement. Les remplaçants, quoi. Ceux qui ont eu leur concours, mais qui attendent un départ en retraite pour avoir un poste.
Ecrit par : mwa | dimanche, 04 mai 2008
J'suis en train de manger un mars, t'en veux un, lol !
Ecrit par : nath | samedi, 07 juin 2008
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