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jeudi, 24 avril 2008
droit de réserve, une réserve d'emmerdes
Devoir de réserve et d'intégrité
Le fonctionnaire doit, dans l’exercice comme en dehors de l’exercice de ses fonctions, éviter tout ce qui pourrait porter atteinte à la dignité de ses fonctions ou à sa capacité de les exercer, donner lieu à scandale ou compromettre les intérêts du service public.
Il est tenu de se comporter avec dignité et civilité tant dans ses rapports de service avec ses supérieurs, collègues et subordonnés que dans ses rapports avec les usagers de son service qu’il doit traiter avec compréhension, prévenance et sans aucune discrimination.
Les gens, en général, n'aiment pas trop les profs. Toujours en vacances, payés grassement pour 18 heures de boulot par semaine, responsables de la déchéance et de l'ignorance de la jeunesse qui n'écrit plus qu'en langage sms, toujours dans la rue à beugler des chansons débiles dans un mégaphone. "Pour la suppression de la carte scolaire, tous ensemble, tous ensemble". La carte scolaire, ça y est, elle est supprimée? Bon, ben "Contre la suppression de la carte scolaire, tous ensemble...". Bref.
Quand on choisit d'intégrer la merveilleuse maison fonctionnariale de l'éducation nationale, il faut admettre que désormais, on fera partie de cette caste de mal-aimés. Accepter les clichés véhiculés par la société. "Ah, t'es prof? Encore en vacances je présume?". Mais... peu importe, on a intégré une corporation merveilleuse, et même si la société entière nous met au rebut, il nous reste toujours les collègues profs pour gloser et gémir sur le dur métier que nous exerçons. Parfois, souvent, même, ça mène au mariage, et ça donne plein de petits bébés-profs qui plus tard feront comme papa-maman.
Alors, pour trouver un peu de reconnaissance dans le monde extérieur, le prof se met à bloguer. Raconte comment il est trop un prof formidable, comment les élèves se tiennent trop bien en écoutant religieusement des cours préparés avec amour des weekends entiers. Sur un mac, of course. Le prof décrit avec verve les petits doigts levés avec frénésie, les bons mots, les progrès. Ca dégouline de sirop de chamallow et d'ego désespéré. Et puis, surtout, surtout, le prof raconte comment il se biture le weekend avec ses potes, décrit le dernier levis 571 slim fit déniché sur E-bay et jette, ci-et-là, des indices laissant à supposer qu'il a une vie sexuelle épanouie. Car le prof blogueur se donne avant tout pour mission de montrer qu'il n'est pas un vieux croulant aux cheveux gras, à la veste Camif et à l'haleine fétide. Regardez, Mesdames et Messieurs, le prof peut être aussi très très hype! Vous avez ici un exemple rutilant de ce genre de prof...
Seulement voilà, il y a un gros ver dans la pomme : le prof très très hype est en général en complète inadéquation avec le commun des profs mortels, et, du coup, il trouve que dans cette formidable maison de l'éduc' nat' il se passe des choses pas très très très scolairement correctes. Des aberrations hallucinantes dans un système bien huilé qui fonctionne très bien comme ça depuis des lustres, merci. Il voit la déchéance de certains collègues qui, englués dans leur pédagogie du siècle dernier dans une solitude écrasante, sacrifient des générations et des générations d'élèves. Il voit la misère, la fange de la société, encore et encore. Chez les élèves. Leur famille. Pas forcément là où il y a le moins de fric. Parfois même, plus honteuse, la misère se glisse chez les collègues. Tout le monde n'est pas agrégé hors classe. Il y a aussi les situations qu'on n'ébruite pas trop. Pas de vagues, mademoiselle, pas de vagues. La fonction d'état, ce n'est pas l'Atlantique, c'est la Méditerrannée, plate et visqueuse.
Et ça aussi, le prof blogueur voudrait en faire des articles. Mais là, attention, arrive le spectre du droit de réserve. Ou plutôt : de l'obligation de réserve. J'en ai connu qui pensaient que "droit de réserve", cela signifiait qu'on a le droit de ne pas faire cours si ça craint trop. Erreur! Le droit de réserve, c'est le droit de fermer sa gueule sur tout ce qui pourrait égratigner les murs de la grande maison. Tout ce qui n'est pas fleurs, courbettes et lècheries en tout genre. Tout contrevenant s'expose à de graves sanctions. Fermeture du blog. Tribunal administratif. Mise en disponibilité d'office. Médiatisation. Interviews. Tollé général. Pétitions de soutien. Livre. Succès garanti.
Le grand public entend enfin ce qu'il veut entendre : les profs sont un corps de métier méprisable, toujours en vacances, payés grassement pour 18 heures de boulot par semaine, responsables de la déchéance et de l'ignorance de la jeunesse qui n'écrit plus qu'en langage sms, toujours dans la rue à beugler des chansons débiles dans un mégaphone.
17:18 Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : profs, droit de réserve, jpadps




Commentaires
Eh bien ma chère amie, voici ton billet le plus mélancolique & le plus acerbe sur le métier. Mais aussi le meilleur. Sans l'ombre d'un doute. Je ne peux qu'être d'accord sur cette obligation de réserve à la con qui soit dit en passant préserve les cons du système.
Ecrit par : Ghislain | vendredi, 25 avril 2008
Hello mon chou! Et ce n'est qu'un début... Je suis donnée pour mission d'être la prochaine à qui on demande de fermer son blog.
Ne m'en veux pas de ne pas répondre sur msn, je ne suis JAMAIS devant mon ordi !
(enfin jamais au bon moment lol)
Bisous à Monsieur mon adorable filleul que je viendrai voir la semaine prochaine si tu es ok!
Ecrit par : mwa@ghis | vendredi, 25 avril 2008
Je suis tout à fait d'accord avec toi... Débat dans une soirée entre amis l'autre soir, où bien sûr je suis encore passée pour la bêcheuse qui ne fout jamais rien mais qui se plaint tout le temps.. C'est vrai, y'a pas de quoi, en plus, je me prends une semaine de vacances supplémentaire pour emmener des gamins en échange, qui m'obligent à aller au poste de police parce qu'ils volent des trucs dans les magasins... mais ça aussi, c'est ma faute, de quoi je me plains ???!!!!!!!
Ecrit par : dieperfektezeit | vendredi, 25 avril 2008
@dieperfektezeit : oui, fermons nos gueules et soyons heureux!
Ecrit par : mwa | mardi, 29 avril 2008
Bonjour
on parle pas plutôt de "devoir de réserve", plutôt que de "droit de réserve"?
en tout cas, c'est ce qui est écrit sur le papelard que j'ai signé quand je suis rentrée dans ma Grande Ecole où que y'a des fonctionnaires dedans.
bravo pour le billet en tous cas.
Ecrit par : camille | mercredi, 30 avril 2008
Bonjour,
cette Grande Ecole, il n'y a pas que des fonctionnaires dedans, il y a des contractuels, des vacataires, des bouche-trous pires que des TZR puisqu'ils ont même pas été foutus d'avoir leur concours et ceux-là gagnent encore moins mais sont tout autant méprisés que les autres...
Ecrit par : Melody | jeudi, 01 mai 2008
@camille : si tu veux...
@ melody : tu as tout à fait raison de le souligner. C'est vrai. Les RMIstes de l'éducation, en quelque sorte.
Ecrit par : mwa | dimanche, 04 mai 2008
bonjour
non non mais je veux pas être pénible hein... de toute façon ça ne change rien à l'article, qui est excellent.
Ecrit par : camille | dimanche, 04 mai 2008
Non non, tu as raison de souligner les erreurs! Je n'ai pas la prétention de n'attendre que des commentaires élogieux. C'est les autres qui nous font progresser.
Ecrit par : mwa@camille | lundi, 05 mai 2008
Pour dieperfektezeit: et encore, il n'y a plus les "zwanzig centimes Stücke" qu'on glissait dans les flippers, les Condom- ou les Zigaretten- Apparate tant et si bien qu'au bout de 15 j d'échange, les corres' français se retrouvaient au poste et les profs accompagnateurs ( souvenir ému) avaient droit à une engueulade du maire de Kassel !
+ de 25 ans après, je leur conserve toute ma gratitude :)
Ecrit par : Olivier | lundi, 19 mai 2008
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