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mercredi, 01 février 2006

Pourquoi l'IUFM est critiqué de manière si virulente

Le dossier de Radio France nous a livré, une fois de plus, un lot de critiques acerbes à l'encontre de l'Institut Universitaire de Formation des Maîtres (pour les non-initiés !).
En même temps, dans les salles des profs, ça discute ferme (oui, enfin on va dire : dans ma salle des profs de l'année dernière). D'un côté, les jeunes, grandes gueules, le cartable empli d'enthousiasme, de convictions, et d'envie de tout bousculer. Ceux-là, on les entend grogner, l'air dépité :
"Qu'est-ce qu'on s'est emm... grââve à l'IUFM, hier !"
Et les autres stagiaires, de s'exclamer à l'unisson :
"Ah ouais, franchement, ça sert à rien, ce truc !"
Dans ces moments-là, il y a toujours un ancien pour rétorquer, maussade :
"Ben moi, j'en ai pas eu, de formation !"
Sous-entendu : j'aurais bien aimé en avoir une, moi qui ai été jeté dans la fosse aux lions comme ça, sans être briefé, alors tais-toi, tu ne sais pas la chance que tu as !
Parallèlement, les jeunes professeurs fraîchement démoulés de la boulangerie IUFM se disent insatisfaits de leur formation, qu'ils jugent inutile, fastidieuse et complètement empreinte d'idéologie illuminée.
Ainsi, des deux côtés, le constat est le même : IUFM ou pas, les débuts dans le métier restent difficiles, et le remède miracle semble ne pas encore avoir été trouvé.
Or, comme le souligne Suzanne Nadot, maître de conférences en sciences de l'éducation à Versailles, la formation des jeunes professeurs se donne avant tout pour objectif "d'éviter que ce soit pire".
En clair, apporter un minimum de savoirs théoriques et pratiques, afin que les débuts dans l'enseignement de nos jeunes collègues ne soient pas totalement catastrophiques.
Il faut savoir qu'un professeur qui débute dans le métier se trouve confronté à une situation hautement génératrice de stress. D'un coup, il passe d'un statut d'étudiant à la "Tanguy" à celle de "prof". Or, être "prof", cela implique le fait d'être adulte, responsable, référent, omniscient. Voilà une lourde responsabilité à porter ! Certains vont montrer une fragilité psychologique trop importante pour faire face à ce maelström de bouleversements.
L'année de stage, et je me permets d'en parler puisque je l'ai vécu moi-même l'année dernière, est une année de remise en question permanente, pendant laquelle s'opère cette mutation parfois douloureuse.
Souvent, les jeunes professeurs sont de jeunes adultes post-adolescents, des "adulescents" comme les médias se complaisent à les appeler. Ces adulescents, donc, n'ont parfois pas complètement terminé le cheminement psychologique qui consiste à se chercher, à se forger une personnalité. Alors qu'ils peinent déjà à se positionner en tant que personne dans un monde de plus en plus complexe, voilà qu'on leur demande manu militari de trouver une nouvelle personnalité, celle qu'ils seront en tant qu'enseignant. Le téléscopage de ces deux facettes de la personnalité entraîne bien des périodes de doute.
A ce stade, le jeune professeur va chercher des appuis, des guides spirituels et pratiques. Pour cela, il a à sa disposition son conseiller pédagogique, un professeur chevronné, nommé pour l'accompagner au quotidien et répondre aux situations d'urgence tout comme aux réflexions à long terme. Et puis il y a l'IUFM.
L'IUFM, cette institution, donc, en qui les professeurs stagiaires vont placer beaucoup d'espoir, espérant y trouver les solutions miracle, la trousse de secours qui règlera tous leurs problèmes.
Néanmoins, je ne crois pas qu'en matière d'enseignement, on puisse apporter des solutions valables universellement. Où peut-on mieux apprendre à enseigner que dans une salle de cours ? Comment trouver des solutions, si l'on ne s'est pas frotté aux situations délicates ?
Alors, l'échec du début serait donc inévitable ? Les erreurs salutaires ? N'oublions pas qu'une classe, c'est avant tout un groupe de personnes qui ne se sont pas choisies. Le professeur, a qui l'on a demandé d'apporter un semblant de cohérence à ce groupe, est encore moins le bienvenu. Sans compter que ce groupe-classe vit une période difficile, celle de la puberté, puis de l'adolescence. Dans ces conditions, le conflit est quasi programmé !
Je l'ai dit plus haut, l'IUFM peut apporter un savoir théorique, des références avérées. Celles-ci sont tout, sauf inutiles. Elles sont l'amorce indispensable à la réflexion personnelle que chaque aspirant professeur doit entamer.
Certains, cyniques, comparent les formations à des réunions d'alcooliques anonymes. Chacun vient déverser son lot de soucis, sous l'oeil compatissant d'un formateur. Certains accusent ces réunions d'être une sorte de révélateur de ceux qu'on estampillera "prof à problème". Je crois que ces tables-rondes sont avant tout un espace d'échange, où l'on apprend au professeur à ne pas rester seul, à travailler avec des collègues, à réfléchir communément aux solutions à apporter aux problèmes les plus fréquemment rencontrés. Voilà un point d'une importance capitale. Combien de fois ai-je vu, en salle des profs, des collègues repliés sur eux-mêmes, vivant dans une écrasante solitude leur sentiment d'échec. En cela, l'année de stage est une occasion inespérée de rencontrer des semblables, d'échanger, de refaire avec eux le monde de l'éducation.
Il est vrai que lorsque l'on vit ses premières heures de cours agitées, notre première réaction sera de trouver un exutoire. Alors, on accusera le tuteur d'incompétence, et l'IUFM d'inutilité, d'immuabilité.
Or, s'il y a un reproche que l'on ne pourra décemment pas faire à l'IUFM, c'est de ne pas chercher à évoluer. Si vous êtes passés par là, vous vous souvenez certainement des séances d'évaluation qui avaient invariablement lieu à la fin de chaque formation. Chaque stagiaire recevait un questionnaire qu'il devait remplir, anonymement. Pour avoir suivi de près plusieurs "promos" de stagiaires, je sais que ces évaluations on été prises en compte. Je me rappelle aussi que la toute dernière journée de formation a été consacrée à l'établissement d'un bilan collectif. Au cours de cette journée, nous avons pu nous exprimer vraiment librement, puisque nous étions libérés de la crainte de ne pas être titularisés. Nos formatrices ont écouté nos revendications, voulu connaître nos idées pour améliorer ce qui n'avait pas fonctionné.
Ainsi, nous avions suggéré par exemple d'intégrer la dimension pratique AVANT le concours. En effet, il est dommage d'étudier pendant 4 ans, puis de passer, plusieurs fois parfois, un concours très difficile, pour s'apercevoir ensuite que l'on est absolument pas fait pour l'enseignement. Cela éviterait bien des déconvenues, des déceptions, des larmes. Cela éviterait peut-être aussi à certains de redoubler l'année de stage, d'être licenciés, parfois, et permettrait peut-être des réorientations efficaces.
Ensuite, nous avions suggéré un allongement de la période de stage, comprenant une première année dédiée à la théorie, à la rédaction du mémoire ainsi qu'à l'observation exclusive de cours, et une deuxième année qui serait consacrée à la prise en main des classes, à l'élaboration de projets pluridisciplinaires et à une réflexion-analyse de chacun sur sa pratique du métier.
Le souci de la formation actuelle est, à mon humble avis, qu'elle est trop dense. Formations théoriques, rédaction du mémoire ainsi que de plusieurs dossiers, cours à préparer, pratique accompagnée, inspections à gérer...les stagiaires sont très vite débordés. Cette sensation de dépassement, ajoutée aux problèmes de gestion de classe que nous rencontrons tous et l'angoisse de la non-titularisation forment un cocktail explosif qui peut conduire à un surinvestissement émotionnel de tout le système de formation.

Trackbacks

Ils ne manquent pas d'air

Les pédagomanes glapissent parce que deux d'entre eux ont été écartés, ils prétendent qu'on assiste à un retour du "fascisme" alors que ce sont eux qui licencient et persécutent les déviants depuis la naissance de l'IUFM Enfoncer ceux qui coulent ...

Trackback par : ANNALES histoire société christianisme | samedi, 28 octobre 2006

Commentaires

Chère JPADPS,

Je pense que les stagiaires qui sont licenciés ne le sont pas parce qu'ils ne sont pas faits pour ce métier mais parce qu'ils n'adhèrent pas aux dogmes "pédagogiques" enseignés à l'IUFM: toutes ces idioties qui nous font perdre notre temps et qui coûtent un prix fou à la collectivité.

Franchement, la plupart des formateurs n'ont pas le niveau ni les compétences pour assurer des cours devant des élèves qui viennent de passer au minimum trois années sur les bancs de l'université. Il paraît que le niveau de l'université baisse? Cela ne me surprend pas mais que ceux qui disent cela viennent assister à des cours IUFM et ils rigoleront deux minutes.

Personnellement, j'ai le sentiment que les deux années que j'y ai passé ont servi à me désapprendre le peu de savoirs que j'avais, savoirs remplacés par de l'emballage vide décoré façon IUFM. Rien qui puisse servir dans l'exercice de ce métier, en tous cas.

L'enseignement dispensé par les jeunes professeurs s'en ressent nécessairement car on est bien meilleur lorsque que l'on maîtrise le contenu de ce que l'on enseigne. Or, l'IUFM n'est là que pour nous parler du contenant, de la façon d'enrober les cours.

Je suis actuellement obligée de reprendre à la base ma propre formation en grammaire, mathématiques, sciences... car qui dit mauvaise maîtrise du contenu des matières à enseigner dit mauvaise transmission des savoirs aux élèves.
Et tout s'enchaîne ainsi de l'école primaire à l'université, car fautes de bases solides acquises au primaire, les professeurs de collège et de lycée sont bien obligés de s'adapter. La boucle est bouclée.

Je remercie Marc Le Bris, dont le livre m'a beaucoup appris, Rachel Boutonnet également. Les sites "reconstruire l'école" et "sauver les lettres", ainsi que celui de Michel Delord pour les mathématiques, font des propositions intéressantes.
J'en ai lu une qui me semble intéressante: remplacer l'IUFM par un système de compagnonage, comme cela existe déjà dans certains métiers. Les étudiants fraichement diplômés de l'université seraient formés pendant un ou deux ans par leurs pairs. Ils rentreraient ainsi progressivement dans le métier après avoir longuement observés les pratiques de professeurs chevronnés et pris progressivement en main des classes plus ou moins difficiles.

Cela serait bien évidemment beaucoup moins coûteux et beaucoup plus efficace que ce que subissent actuellement les jeunes stagiaires, mais cela impliquerait de mettre à la porte tout un personnel incompétent qui n'est pas prêt à laisser tomber ses privilèges.

Ecrit par : Gwenola | mercredi, 01 février 2006

J'ai l'impression que bcp de stagiaires retiennent une impression négative de leur passage à l'IUFM.
En ce qui me concerne, j'ai eu la chance d'avoir une excellente formation disciplinaire.
Pour ce qui est des formations pluri-disciplinaires, elle n'ont parfois pas répondu à mes attentes. De la à dire que TOUS les formateurs sont incompétents, là, je dois me distancier de ton avis, car j'en ai eu d'excellents.
Certes, j'ai ai eu qui se sont trouvés parachutés devant nous sans trop le vouloir, et cela se ressentait fortement. D'autres, par contre, souhaitaient vivement nous apprendre quelque chose, nous apporter des réponses.

Ecrit par : JPADPS | mercredi, 01 février 2006

Je crois que tu as eu beaucoup de chance, effectivement. En ce qui me concerne, les quelques rares professeurs qui faisaient des cours corrects étaient noyés dans l'incompétence des autres. Quel gachis...

Ecrit par : Gwenola | mercredi, 01 février 2006

Des quelques commentaires que j'ai pu lire ici et là, j'ai l'impression que le niveau et l'organisation des IUFM varie énormément d'une académie à l'autre.

Ce que je trouve un peu bizarre personellement, c'est que l'on forme des élèves dans des IUFM de certaines académies pour les envoyer à l'autre bout de la France, une fois la formation terminée, parce qu'il n'y a pas de place dans l'académie où ils sont formés.
Ne serait-il pas plus efficace de former les futurs enseignants sur les lieux mêmes de leurs futurs lieux d'affectation ?

Tizel

Ecrit par : Tizel | mercredi, 01 février 2006

En ce qui me concerne, c'était encore autre chose : normalement, on va à l'IUFM de l'Académie dans laquelle on a passé le concours.
Sauf que la formation a été fermée juste quand je l'ai eu (le concours), chuis pas une veinarde pour rien!
Du coup, j'ai été formée dans une autre Académie, puis j'ai été "mutée" dans mon Académie d'origine...

Ecrit par : JPADPS | mercredi, 01 février 2006

pour ma part, je trouve effectivement que la moitié du temps que je passe à l'IUFM est inutile, superflue et donc, perdue. Malgré tout j'ai quand même la chance d'avoir de bonnes formatrice, pas complètement endoctrinées et suffisament proches de la réalité pour nous aider. Mais bon, comme tu dis, c'est plutôt pour éviter le pire.
En tant que débutante, je confirme que ce n'est pas facile de s'adapter. Pourtant, je pense que ce n'est pas une question de maturité en ce qui me concerne. Mais il est très difficile de faire face à des élèves sur qui rien ni personne n'a de prise et qui vont jusqu'à vous accuser de mentir et vous menacer de vous traîner au tribunal en gardant son calme ! visiblement les élèves ont le droit de déraper, mais pas nous, c'est sûr ! je crois bien que c'est ce qui se révèlera le plus difficile.

Ecrit par : mathilde die wilde | mercredi, 01 février 2006

Chère Jpadps,

Je suis entièrement d'accord avec Gwenola.

Je suis déçu que tu aies un discours si positif envers les IUFM. Même dans l'hypothèse où tu aurais eu la chance de rencontrer des formatrices intéressantes à l'IUFM (ce qui déjà en soi défie les lois de la probabilité et relève presque de l'oxymore), tu ne peux tout de même manquer de voir à quel point l'institution qu'est l'IUFM est déficiente et parasitaire.

Gwenola a bien compris que les IUFM permettent de payer grassement des personnes qui tiennent à leurs privilèges et je n'apprends qu'aujourd'hui qu'il en existe de compétentes parmi elles.

L'IUFM n'apporte AUCUNE reponse aux questions que se posent les stagiaires. Le discours est stérile, vain, redondant. C'est du matraquage durant six heures par jour, en général deux fois par semaine, pour lequel on demande aux stagiaires de faire parfois 150 km afin de se rendre sur lieux de formation.

Si tes formatrcies étaient intéressantes, reconnais au moins que le principe même de fonctionnement de l'IUFM implique que l'on supprime coute que coute ces machines à fric qui épuisent les stagiaires pendant un an.

Ecrit par : Jérémy | dimanche, 12 février 2006

Tu remarqueras d'ailleurs que le bilan collectif qui a eu lieu en fin d'année n'a servi strictement à rien, sinon à vous faire croire qu'on allait écouter vos revendications.

Les IUFM font le coup chaque année, mais ils n'ont pas la moindre envie d'évoluer.

Ecrit par : Jérémy | dimanche, 12 février 2006

Disons que Gwenola a eu une mauvaise expérience, et moi une bonne.
Bien évidemment, tu as le droit de ne pas être d'accord avec moi.
J'ai voulu relativiser un peu les critiques acerbes que l'entend habituellement, car là où j'ai été formée, les formateurs prenaient leur travail à coeur, et nos suggestions en compte.
Il existe bcp de sites où tu trouveras des personnes abondant dans ton sens. Mais comme je l'ai déjà dit, je n'aime pas critiquer à tout propos. Mes observations se veulent objectives, et elles n'engagent que moi. Je n'ai pas la prétention de faire une généralité de mon expérience personnelle, je souhaite simplement en faire part, afin d'éclairer l'affaire sous un autre angle !

Ecrit par : JPADPS | dimanche, 12 février 2006

@ Tizel : cela me rappelle qu'au moment des mutations, nos formateurs nous ont demandé ce que nous avions choisi. La quasi totalité des stagiaires avait demandé une autre Académie que celle dans laquelle nous avions été formés. Ainsi, les formateurs ont montré leur déception, car ils avaient à ce moment l'impression de nous former "pour les autres". L'Académie, par contre, "récupérait" beaucoup d'enseignants qui ne souhaitaient pas être là, d'où décalage...

Ecrit par : JPADPS | dimanche, 12 février 2006

je me suis embarqué dans un ouvrage collectif sur les "ruses éducatives", ruses bienveillantes s'entend, concernant autant les relations dans la classe que les techniques de "mise en scène" de soi ou les astuces pédagogiques. bienvenue aux personnes qui voudraient contribuer à ce livre soit par des anecdotes soit par une réflexion théorique. voici mon mail: yguegan@wanadoo.fr
(je suis sociologue, j'ai écrit un livre intitulé "l'usage légitime du pouvoir dans la classe")

Ecrit par : yves guégan | lundi, 27 février 2006

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